L’assainissement des finances publiques doit être une priorité

La communauté d’affaires francophone attend impatiemment le dépôt du budget provincial qui établira les lignes directrices du gouvernement pour la prochaine année. La tâche s’avérera ardue, car le déficit budgétaire et la dette de la province constituent un boulet qui affecte notre vitalité économique. Les membres du Conseil économique du Nouveau-Brunswick (CÉNB) souhaitent donc que l’assainissement des finances publiques forme l’une des priorités de ce budget qui devra également créer un environnement propice à la croissance de nos entreprises.

Comme l’a signalé la vérificatrice générale dans son rapport de juin 2018, la décroissance économique a un impact significatif sur le climat économique du Nouveau-Brunswick et, par ricochet, sur nos entreprises. Kim MacPherson avait alors tiré la sonnette d’alarme au sujet du fardeau financier de la province causé par les déficits consécutifs et la croissance de la dette, ce qui soulève nos inquiétudes sur la durabilité même de la province. Le CÉNB trouve des plus troublant que notre dette nette ait augmenté de 7 milliards $ en dix ans et que l’on prévoie qu’elle s’élèvera à 14,5 milliards $.

L’atteinte de l’équilibre budgétaire afin de réduire la dette s’avère de plus en plus primordiale avant que ces répercussions n’entravent totalement notre vitalité économique. N’oublions pas non plus que les agences de notation de crédit canadienne, Dominion Bond Rating Service et Moody’s Investor Credit, ont mis en doute la capacité du Nouveau-Brunswick à contrôler sa dette. Cela pourrait affecter la cote de crédit à long terme du Nouveau-Brunswick si le gouvernement n’améliore pas la situation.

Déjà, le gouvernement a promis de présenter un budget équilibré et nous osons espérer que l’atteinte d’un équilibre budgétaire permettra de réduire la dette provinciale afin de rétablir la confiance des consommateurs et dynamiser le milieu des affaires. Cependant, nous savons également que cela nécessitera de douloureuses compressions dans certains secteurs. Rappelons que le gouvernement a annoncé des mesures en décembre pour diminuer des dépenses d’immobilisations, notamment en sabrant des projets de rénovation et d’entretien d’écoles ou en remettant l’élargissement de la route 11. Des compressions sont inévitables, mais nous implorons le gouvernement de s’assurer de maintenir la fonctionnalité des infrastructures publiques. Toute mesure d’austérité se doit d’être mûrement réfléchie et calculée pour éviter de simplement transférer un déficit budgétaire en un déficit structurel dont les coûts s’avéreront encore plus élevés dans quelques années. La nuance est primordiale pour notre avenir.

Également, le CÉNB souhaite que ce budget provincial établisse des bases solides et prévisibles en matière de politiques publiques et de programmes à court, moyen et long terme. Ceci permettra aux entrepreneurs-es de bien planifier afin de continuer d’exploiter et de faire croître leur entreprise à partir du Nouveau-Brunswick. Utilisons un exemple (non relié à ce budget provincial) qui illustre à merveille le caractère essentiel d’une telle planification. Le spectre d’une autre augmentation vertigineuse des cotisations à Travail sécuritaire NB (TSNB) a semé l’inquiétude chez les gens d’affaires au cours de la dernière année. L’incertitude de ce dossier a ralenti certains projets de croissance puisque les entrepreneurs ignoraient le montant des augmentations et devaient se préparer au pire des scénarios. Ceci démontre l’importance d’un plan de match à long terme afin que nos entreprises puissent planifier et s’ajuster aux changements, ce qui est quasi-impossible lorsque ceux-ci s’avèrent soudains et abrupts.

Enfin, soulignons à nouveau que les gens d’affaires font prospérer l’économie et créent la richesse. Pour ce faire, ils requièrent un environnement propice à l’investissement, des politiques qui favorisent l’attrait et la rétention de la main-d’œuvre au Nouveau-Brunswick, une fiscalité qui permet d’exploiter une entreprise dans la province et des infrastructures de qualité afin qu’elles puissent développer leur marché, peu importe qu’elles soient localisées en région rurale ou urbaine.

Afin de dynamiser le secteur privé, nos membres préconisent surtout des mesures liées à la formation et au recrutement de la main-d’œuvre puisque la pénurie de travailleurs qualifiés est le principal défi de nos entreprises à l’heure actuelle. Au lieu de s’atteler à créer de «nouveaux emplois», comme le visent les efforts de développement économique traditionnels, les politiques publiques devraient plutôt orienter leurs efforts pour appuyer davantage nos entreprises existantes à combler leurs besoins criants en main-d’œuvre. Ces emplois existent déjà et les combler permettra à ces entreprises de faire croître notre économie. De même, des programmes ou des initiatives pour améliorer l’automatisation, la robotique et l’innovation dans nos entreprises leur permettront de concurrencer sur la scène nationale et mondiale et d’ainsi contribuer à la prospérité économique du Nouveau-Brunswick.

Les attentes pour ce budget sont donc élevées puisqu’il nécessitera des actions décisives et mûrement réfléchies pour assurer la croissance de nos entreprises, de nos collectivités et de notre province.

Marie Chamberland
Présidente du Conseil économique du Nouveau-Brunswick