Vivre dans la pauvreté

Dans une lettre publiée dans les journaux, la ministre du Développement social, Dorothy Shephard, a dit que nous ne comparons pas des pommes avec des pommes lorsque nous analysons le budget du ministère du Développement social de 2019-2020.

Pour le Front commun pour la justice sociale, et pour bien d’autres organisations comme la nôtre, lorsque nous planifions notre budget pour l’année à venir, nous tenons compte du coût des dépenses de l’année précédente (p. ex. salaires, loyer, téléphone, coûts d’imprimerie, etc.) et nous établissons le budget en conséquence. Nous ne planifions certainement pas notre nouveau budget d’après les anciennes estimations, puisqu’elles ne reflètent pas la réalité des dépenses. La ministre devrait faire de même.

Le budget du gouvernement conservateur à l’endroit du Développement social contient une augmentation de 6,2 milliards $ dans l’estimation globale des dépenses. Toutefois, cinq programmes ont subi une réduction: services généraux et autres, bien-être de l’enfance et de soutien aux personnes ayant un handicap, sécurité du revenu, services d’habitation et mieux-être.

Les seuls deux programmes qui ont bénéficié d’une augmentation dans la planification du gouvernement sont les aînés et soins de longue durée, et les autres prestations. Le gouvernement conservateur a retiré l’argent des cinq programmes mentionnés ci-dessus pour subventionner le programme des aînés et soins de longue durée et ajouter un peu d’argent aux autres prestations.

Nous prévoyons que Blaine Higgs puisera dans les fonds du programme des autres prestations, pour offrir des subventions salariales aux bénéficiaires qu’il veut mettre au travail.

Nous voulons rappeler à la ministre du Développement social que les dépenses actuelles pour les services de bien-être de l’enfance et de soutien aux personnes ayant un handicap ont augmenté constamment au cours des cinq dernières années, passant de 1,2 million $ à 3,1 millions $, donc nous ne comprenons pas pourquoi le gouvernement actuel devrait s’attendre à ce que ces montants diminuent brusquement.

Nous rappelons à la ministre que tous les bénéficiaires de l’aide sociale qui sont reconnus comme ayant un handicap n’ont pas eu d’augmentation de leur taux de base depuis cinq ans.

Si la ministre Shephard est satisfaite de l’enveloppe budgétaire dont elle est responsable, cela signifie que tous les bénéficiaires de l’aide sociale qui sont reconnus comme ayant un handicap ne doivent pas s’attendre à de l’aide financière cette année, alors leur état de pauvreté va s’accroitre.

Voilà la réalité de ce budget. Si la ministre maintient qu’il y aura plus de fonds pour la mise en œuvre des recommandations contenues dans le rapport de George Savoury et celui du défenseur des enfants et de la jeunesse, nous avons certainement le droit de savoir d’où proviennent ces fonds.

L’enveloppe budgétaire pour la sécurité du revenu, le programme qui fournit le revenu à tous les bénéficiaires de l’aide sociale, a aussi été réduite. Nous sommes au courant que le nombre d’assistés sociaux a diminué quelque peu, ce qui est une bonne chose, mais nous savons également que le revenu de ceux qui continuent à avoir besoin de l’aide sociale n’a pas augmenté. Un tiers des bénéficiaires n’ont pas obtenu d’augmentation de leur taux de base au cours des neuf dernières années, tandis que tous les autres n’ont pas obtenu d’augmentation depuis cinq ans.

En réduisant les montants alloués dans ce programme, la ministre leur dit clairement: « Dommage, nous n’allons pas augmenter votre revenu encore cette année, alors vous devrez vous débrouiller avec moins. »

Si la ministre avait réellement voulu les aider, elle aurait accordé plus d’argent pour accroitre leur maigre revenu.

Pour ce qui est du programme de logement, le total des dépenses n’a fait qu’augmenter chaque année. Depuis 2012-2013, il y a eu une augmentation de 28%, donc encore une fois, nous ne comprenons pas pourquoi le gouvernement actuel doit y prévoir moins d’argent. La crise des sans-abris se fait toujours sentir.

De plus, des milliers de citoyens et citoyennes attendent pour un logement social, et on veut y consacrer moins d’argent! Comment le gouvernement s’attend-il à remédier à cette situation?

Enfin, il y a eu une réduction des dépenses dans le programme du mieux-être. Encore une fois, lorsque nous examinons les dépenses des cinq dernières années, celles prévues actuellement sont les plus faibles. Nous pouvons donc nous attendre à une réduction dans ce programme.

En réalité, tous les bénéficiaires de l’aide sociale vivent présentement sous le seuil de pauvreté. Ils vivent tous avec le même taux de base depuis les cinq ou les neuf dernières années, ce qui veut dire qu’ils ont le même revenu, alors que le coût de tout ce qui les entoure augmente.
La ministre ne prend pas au sérieux leur situation désespérée et ce budget ne va pas les aider.

Il n’est pas question de comparer des pommes avec des pommes, mais plutôt d’avoir la volonté politique d’apporter des changements dans la vie de ces hommes, femmes et enfants qui vivent dans la pauvreté.

Jean-Claude Basque
Coordonnateur provincial
Front commun pour la justice sociale du N.-B.