Budget provincial: quelques interrogations demeurent

Après l’adoption du budget provincial le 29 mars dernier, le Conseil économique du Nouveau-Brunswick (CÉNB) a poussé la réflexion plus loin et analysé ce volumineux document en profondeur. Nous voulions ainsi mieux en comprendre les effets sur nos entreprises et sur notre croissance économique. Même si ce budget présente plusieurs éléments prometteurs, certaines compressions annoncées suscitent des interrogations quant à leur impact sur le secteur privé.

Tout d’abord, comme nous l’avions indiqué lors de notre réaction initiale le jour même de la présentation du budget, nous saluons le désir d’assainir les finances publiques, ce que nous avons identifié comme une priorité. Nous sommes soulagés qu’aucune augmentation de taxes ne soit prévue et que le gouvernement vise plutôt à réduire les impôts comme nous l’avions suggéré pendant les consultations prébudgétaires.

Soulignons aussi le maintien du Fonds de développement économique et d’innovation pour le nord du Nouveau-Brunswick ainsi que celui pour la région de Miramichi.

Toutefois, nous remarquons une compression de 4,1 millions $ chez Opportunité Nouveau-Brunswick (ONB). Rappelons que la plateforme électorale du Parti conservateur proposait d’évaluer le succès, le rendement et la structure d’ONB. Une évaluation a-t-elle eu lieu et, si oui, est-ce que la diminution des budgets en découle? Dans le cas contraire, comment le gouvernement est-il arrivé à cette diminution et qu’en seront les conséquences sur les services aux entreprises?

Réitérons que les incertitudes du marché américain, principal partenaire commercial de la province, requièrent que nos entreprises diversifient leur marché et que Opportunité Nouveau-Brunswick soutienne nos gens d’affaires dans ces démarches. L’exportation hors des marchés américains et le commerce interprovincial gagneraient tous deux à se développer davantage.

Toutefois, les PME qui font du commerce interprovincial et de l’exportation présentent de plus grands besoins en capitaux et en financement. Il aurait fallu en tenir compte et nous ne trouvons aucune mention au sujet de l’exportation dans ce budget.

Une autre absence notable s’avère celle du dossier de l’immigration et des efforts qui s’avèreront nécessaires pour relever nos importants défis démographiques et de main-d’œuvre.

D’ailleurs, les questions de main-d’œuvre se retrouvent au cœur des compressions de 10,3 millions $ aux programmes et services de développement de l’emploi.

Cette diminution de budget sera-t-elle compensée par un crédit d’impôt tel que proposé dans la plateforme électorale conservatrice?

Rappelons que la création d’emplois représente un objectif plus que louable, mais aussi que la formation et l’acquisition des compétences ne doivent pas être écartées.

En outre, dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, d’autres solutions doivent être préconisées comme, par exemple, encourager le prolongement de la vie active des travailleurs en emploi, faciliter l’intégration au marché du travail de gens sous-représentés, des jeunes diplômées et des nouveaux arrivants.

Répétons ici l’absence notable de mention de l’immigration dans le budget et ses multiples ramifications sur notre économie ainsi que sur notre population.

De plus, comme nous l’ont indiqué nos membres, le maintien de programmes d’aide à la formation des employés s’avère primordial pour que les entreprises puissent relever leurs défis de main-d’œuvre. Le CÉNB ajoute que les programmes qui fonctionnent très bien et dont le retour sur les investissements s’avère appréciable ne doivent pas être coupés comme, à titre d’exemple, le programme de Fonds d’emploi pour les jeunes.

Comme nous le savons, l’industrie touristique est l’un des fers de lance de notre économie et occupe le troisième rang en l’importance pour le secteur des services au Nouveau-Brunswick.

Les compressions annoncées de 7,5 millions $ toucheront principalement les campagnes promotionnelles, alors que l’argent consacré à ce dossier avait connu une augmentation lors du budget provincial précédent. Cela représente en quelque sorte un retour à la case départ, malgré la promesse électorale du PC de préserver la valeur du Nouveau-Brunswick en tant que destination touristique.

Nous nous interrogeons à savoir quelles initiatives et solutions seront identifiées par le gouvernement pour soutenir l’industrie touristique puisque les parts de marché font l’objet d’une concurrence féroce sur la scène mondiale.

Bien que ce budget stabilise la situation et adresse la dette provinciale, le CÉNB reste sur sa faim quant aux impacts des compressions. Nous sommes pleinement conscients que la province doit se serrer la ceinture et que nous sommes en situation de gouvernement minoritaire.

Cependant, cela ne doit pas nous empêcher d’élaborer ensemble un plan de croissance économique à long terme afin d’assurer notre croissance au-delà du prochain mandat d’un gouvernement. Le CÉNB et les entreprises francophones de la province désirent collaborer afin d’y arriver pour le meilleur intérêt du Nouveau-Brunswick.

Marie Chamberland
Présidente du Conseil économique du Nouveau-Brunswick