L’Ontario se déniaise tandis que le Québec nous surprend

Depuis quelque temps, le gouvernement Ford en Ontario multiplie les mesures de libéralisation de l’alcool et du cannabis. Avec le nouveau budget présenté dernièrement, les Ontariens pourront désormais acheter un permis pour vendre de l’alcool sur un terrain privé. Les produits alcoolisés seront désormais vendus dans les supermarchés et dépanneurs, tandis que le cannabis se vend déjà dans plusieurs magasins privés. Sur ce front, la province reine du Canada vit une véritable révolution sociale depuis quelque temps. On ne reconnaît plus la province ontarienne ennuyeuse des années passées.

À l’instar de ces changements, l’oligopole des foutus «Beer Store» sera désormais défié par les détaillants indépendants un peu partout sur le territoire de la province, une bonne nouvelle pour les Ontariens. Bref, l’Ontario rejoint tranquillement le 20e siècle en traitant ses concitoyens comme des adultes, probablement pour la première fois de son histoire.

En effet, on a beau dire que Doug Ford est notre Trump canadien, mais en ce qui concerne l’alcool et le cannabis, il voit les choses différemment de ses prédécesseurs. Bien sûr, au cours des dernières décennies, l’Ontario se métamorphose enfin et avec grand bonheur. La province la plus peuplée du Canada ne peut pas nier son multiculturalisme, et plus que jamais sa diversité culturelle coupe le souffle. Ceux qui immigrent en Ontario amènent avec eux un bagage de traditions qui diffère souvent du climat sobre de l’Ontario. Mais depuis quelques années, des événements comme le festival Caribana et autres démontrent que les Ontariens ont une soif de vivre autrement, plus librement.

Ce qui motive le gouvernement Ford provient surtout de la légalisation du cannabis et de ses répercussions sur la demande de bière et d’autres produits alcoolisés. Certains vont dire que ces nouvelles règles moins restrictives permettent ni plus ni moins de détourner l’attention. Possiblement, toutefois plusieurs intervenants des secteurs vinicole et brassicole s’inquiètent du phénomène de substitution entre l’alcool et le cannabis, même si les sondages à cet effet démontrent que les Ontariens ne se sentent toujours pas prêts à troquer un verre d’alcool pour une sauce à spaghettis infusée de cannabis. Cependant, la menace demeure palpable à cause de l’importance des investissements dans le cannabis par des mégas entreprises comme Molson-Coors et Constellation Brands, les propriétaires de la bière Corona.

Pendant ce temps au Québec, la prudence reste de mise, surtout en ce qui a trait au cannabis. Québec s’acharne pour mentionner que l’idée de la légalisation du cannabis provient d’Ottawa et non pas de la belle province. D’ailleurs, le gouvernement Legault veut augmenter l’âge légal pour la consommation du cannabis à 21 ans, deux ans de plus que partout ailleurs, sauf en Alberta où l’âge légal est 18 ans. Au Québec, les restrictions pour la distribution du cannabis ne finissent plus. Il existe très peu de producteurs licenciés et la province traîne de la patte à tous les niveaux.

De plus, le Québec et le Manitoba sont les deux seules provinces où les résidents ne peuvent produire et cultiver du cannabis à la maison. De manière très surprenante, les sondages démontrent que les Québécois sont ceux qui s’opposent le plus à la légalisation du cannabis ainsi qu’aux produits comestibles qui deviendront légaux en octobre 2019.

Jadis, le Québec rimait avec plaisir sans limites, nuits sans fin et joie de vivre contagieuse. Le contraste était frappant avec la province ontarienne monotone et ennuyeuse à mourir. Mais d’ici quelques années, l’esprit changera à tout jamais. L’Ontario s’ajuste tranquillement à une réalité moderne pendant que le Québec s’empêtre depuis des années dans des débats qui divisent toujours. La domination de l’église catholique pendant des décennies a possiblement laissé sa trace, mais il n’en demeure pas moins que la position du Québec avec le cannabis en surprend plusieurs à travers le pays.

Évidemment, les festivals, les événements culturels et sociaux garderont sûrement toujours la cote à Montréal, à Québec et en région. Mais les Ontariens qui fuyaient Toronto et Ottawa pour venir s’amuser à Montréal auront maintenant le choix. À part ceux qui veulent absolument boire avant l’âge de 19 ans, l’Ontario aura quelque chose de différent à offrir à ses citoyens.
En somme, l’Ontario se déniaise. Les microbrasseries et les autres petits bijoux de produits locaux auront finalement une chance de se faire valoir en misant sur l’événementiel, comme cela a toujours été le cas au Québec.

Dr Sylvain Charlebois
Professeur en distribution
et politiques agroalimentaires
Université Dalhousie