Les pauvres encore relégués aux oubliettes

Un peuple, comme le peuple acadien, doit continuellement être en mouvement, car s’il demeure statique, il régresse. On est plusieurs à penser que l’Acadie passe actuellement une autre période de morosité. On dirait que ça ne bouge plus.

Pendant ce temps-là, on a un gouvernement minoritaire qui se comporte comme s’il était majoritaire. Il commence déjà à bousculer le filet social en s’attaquant aux plus pauvres et à l’éducation. On ne peut rester coi, par rapport à cela.

L’attaque la plus brutale se situe au niveau de la petite enfance. Il est révoltant que l’on continue à traiter les monitrices de garderie comme des éducatrices de deuxième zone, des laissées pour compte.

Et pourtant, le monde de la psychologie clame sur tous les toits depuis des décennies, que tout se passe avant l’âge de six ans.

Négliger les services de garde, c’est négliger la petite enfance, ce qui risque de nous coûter beaucoup plus cher comme société dans un avenir rapproché.

Dans la même lignée, il faut s’indigner qu’encore une fois que l’on coupe en éducation postsecondaire, surtout dans le domaine des sciences infirmières. Comment peut-on d’un côté reconnaître la pénurie profonde d’infirmières et de l’autre, cibler des coupures dans la formation nécessaire de plus d’infirmières pour enrayer cette pénurie endémique? Ça devient difficile de comprendre comment nos dirigeants pensent pour poser des gestes aussi négatifs et incompréhensibles.

Il y avait un bon programme d’accessibilité aux études postsecondaires qui permettaient aux enfants des familles moins nantis de faire des études. Au lieu de maintenir le cap sur l’éducation publique, on ne trouve pas mieux de répartir le peu de fonds disponibles à un plus grand éventail de postulants, dont ceux du privé.

Ces choix idéologiques devraient nous inquiéter, les pauvres sont encore relégués aux oubliettes.

Quand on regarde ce qui se passe au niveau des foyers de soins, il y a matière à désespérer. Comment peut-on traiter si chichement ces employés qui font un travail parmi les plus honorables, soit celui de prendre soin de nos aînés?

Une société est jugée sévèrement sur la façon dont elle traite ses enfants et ses personnes âgées.

Je ne crois pas que ce gouvernement actuel passe le test de l’honorabilité et de la décence.

Ce même gouvernement résiste à la taxe sur le carbone, alors qu’il y a un entendement majoritaire sur le fait que la planète est en décrépitude.

Combien faudra-t-il de signes extérieurs avant que ces sceptiques soient confondus?

Faudra-t-il qu’ils en prennent conscience après que la population de l’Île-du-Prince-Édouard se dote d’un premier gouvernement vert, ouvrant ainsi les écluses pour que d’autres populations suivent cette trace souhaitable?

La seule planète habitable par des humains que l’on connaît est la Mère-Terre, comme le disent les Premières Nations: il faudrait peut-être s’en occuper.

Un gouvernement raisonnable devrait s’atteler à améliorer le sort humain et non pas à le dégrader, comme cela se passe maintenant. Il est décourageant de constater que, malgré tout, ce gouvernement reçoit pour le moment l’assentiment populaire.

Je nous souhaite moins de deux ans de ce régime rétrograde. On est en droit de confondre conservatisme avec régression.

Jean-Marie Nadeau
Moncton