L’effort aide à surmonter l’insécurité linguistique

Depuis plusieurs années déjà, l’enjeu de la langue minoritaire, parlée et écrite, préoccupe de nombreuses personnes en milieu francophone minoritaire, ici et ailleurs. Or, pour répondre aux besoins de nos communautés, les spécialistes du milieu de l’éducation ont compris qu’il fallait développer des outils, des stratégies et des pratiques pédagogiques pour développer la fierté chez les jeunes de manière à l’engager à valoriser sa langue maternelle.

Il faut ajouter que ces préoccupations pédagogiques coïncident avec le débat entourant le besoin d’un virage pédagogique qui s’appuie sur de nouveaux courants idéologiques en éducation.

En effet, le courant humaniste conjugué à l’influence des droits humains et de la Charte des droits et libertés pour ne nommer que ceux-ci, interpellent le milieu scolaire depuis déjà les années 1960.

On est donc passé d’une pédagogie axée sur l’enseignement vers celle qui place l’apprenant.e au centre de ses activités d’apprentissage. Autrement dit, le milieu éducatif a compris que pour apprendre, il fallait tenir compte d’une panoplie de facteurs dont les besoins de l’étudiant.e, sa dimension affective et son statut socio-économique.

Au cours de ces dernières années également, des sociolinguistes ont étudié des concepts liés à la dimension affective de l’apprentissage, dont celui de l’insécurité linguistique, pour mieux comprendre le phénomène de la langue en milieu linguistique minoritaire.

On remarquait que les personnes vivant dans un contexte linguistique minoritaire, particulièrement dans des régions largement anglo-dominantes, manquaient souvent de confiance en eux dans des situations où ils ou elles devaient s’exprimer dans leur langue maternelle.

Or, leur niveau de langue, un mélange d’anglais et de français appelé le chiac, ne leur permettait pas de se sentir à l’aise à communiquer notamment, avec des gens perçus comme ayant un meilleur niveau de français qu’eux.

Ce sentiment se manifeste particulièrement chez des personnes vivant au sud-est du Nouveau-Brunswick. Sachant qu’il ne s’agit pas d’un français standard, celles-ci comprennent que leur niveau de langue diffère de celui parlé par des gens qui utilisent un français plus standard donc perçu comme étant un français plus correct. Dans de telles circonstances, les chercheur(e)s ont constaté que les jeunes préfèrent rester silencieux ou s’expriment davantage dans l’autre langue officielle.

L’école est un lieu où les élèves acquièrent de nouvelles connaissances et pour ce faire, l’ingrédient le plus prisé pour atteindre les objectifs d’apprentissage est l’effort. En situation minoritaire linguistique, la langue d’apprentissage constitue un vrai défi. Le personnel éducatif comprend qu’il faut tenir compte de la réalité de l’élève, le placer au centre de ses apprentissages et le rendre plus actif pour bien réussir.

De plus, avec une meilleure compréhension de ce qu’est l’insécurité linguistique, les écoles francophones en situation anglo-dominante, comprennent que pour répondre aux besoins des jeunes et de la communauté en général, une révision des pratiques pédagogiques était nécessaire que l’élève devienne actif dans ses apprentissages. Peut-être pas suffisamment d’accent était placé sur l’effort pour y arriver.

Prenons, par exemple, des élèves qui vivent des insécurités en apprentissage des mathématiques, en sports, en musique ou en danse, par exemple. Pour réussir, ils et elles auront à mettre des efforts pour surmonter ces défis, n’est-ce pas? Ne devrait-on pas faire de même pour la réussite de sa langue?

Concernant l’insécurité linguistique de l’élève en contexte anglo-dominant, il est important de valoriser son niveau de langue pour développer sa confiance en lui et sa fierté culturelle. En effet, au Nouveau-Brunswick comme ailleurs, nous devons éviter de mépriser les jeunes qui parlent le chiac.

À partir de leur vécu linguistique, des efforts doivent être faits pour atteindre un niveau de langue supérieur si nous voulons à plus long terme renverser l’assimilation de tout un peuple comme on le fait dans l’apprentissage des autres matières. Le courant humaniste vise le développement d’un milieu scolaire plus respectueux et plus humain. Toutefois, ce courant n’interdit pas aux enseignant(e)s de promouvoir, auprès des élèves, la notion d’effort pour passer d’un niveau de langue à un autre créant ainsi une sécurité linguistique. Depuis quelque temps, je constate que des spécialistes de l’éducation tentent d’élaborer des stratégies gagnantes pour guider les jeunes vers une sécurité linguistique dans des milieux francophones minoritaires.

Je suis Acadienne et fière de ma langue et de ma culture. Cette fierté m’a été transmise par des personnes enseignantes amoureuses de leur langue et leur culture. En effet, l’assimilation nous guette toujours un peu plus tous les jours. Malheureusement, plusieurs constatent que de nombreux jeunes qui parlent le chiac ajoutent un peu plus de mots anglais dans une phrase qu’auparavant, signe que l’assimilation prend de plus en plus d’ampleur.

Par ailleurs, si nous voulons que nos enfants et nos petits-enfants continuent à parler le français dans les décennies à venir, nous devons les guider à faire l’effort quotidien pour bien l’apprendre. Le courant humaniste nous influence à être plus sensibles aux considérations affectives de l’élève, cependant, une de nos responsabilités comme enseignant ou enseignante est de les guider vers la réussite de l’apprentissage d’un niveau de français capable de leur permettre de s’engager à faire respecter leurs droits linguistiques.

Jeanne d’Arc Gaudet
Moncton