Le pouvoir des mots libérés par Herménégilde

Est-ce à écouter Herménégilde Chiasson lire ses courtes histoires hier à Caraquet, ses poèmes d’une grande beauté et d’une grande littérature, qui nous rassemblent et nous ressemblent, qui m’a touché à ce point? Est-ce le souvenir de mon frère Claude, lui aussi écrivain, qui adorait les mots, l’Acadie? Quelque chose s’est délié en moi, peut-être parce que c’est le moment où les planètes de mon existence sont finalement enlignées.

C’est comme si j’étais prête à recevoir ces mots, ces si beaux mots, ces mots si réels dans l’irréalité du temps qui passe.

Comme Michel-Ange qui avait dit avoir libéré David du marbre qui le maintenait prisonnier, le pouvoir des mots libérés par Herménégilde.

Ces mots qui nous touchent profondément, qui nous reflètent qui nous sommes, un grand peuple avec de talentueux artistes, de formidables écrivains et de merveilleux musiciens.

Un gars d’ici, de Saint-Simon, qui avait seulement accès à quelques livres une fois semaine, car verrouillés dans une armoire au fond de la salle de classe, solidement choisis et séparés des livres à l’index.

Heureusement qu’il y avait les livres des aventures de Bob Morane qui lui permettaient, probablement, de rêver et d’imaginer autre chose dans cette vie, dans ce monde, quelque chose qu’il pouvait créer pour mettre notre grain de sable dans l’engrenage de l’Univers. Un éclat d’étoile unique et essentiel, comme nous-mêmes, pour contribuer à la beauté et à la perfection du Monde.

Au-delà de tout et au-delà même de notre vie, les artistes et les écrivains resteront, comme dans un jardin secret dont eux seuls détiennent la clé, un espoir et un signal lumineux que le passage de l’humain n’a pas été vain.

Merci, Herménégilde, d’avoir donné cette voix, cette sensibilité, cette émotion, cette couleur et cet élan à la littérature acadienne qui nous donnent des ailes pour aller vers notre propre voix.

Lucie LeBouthillier
Bas-Caraquet