L’Acadie se doit de retourner à la source du traumatisme

M. Robert Melanson, au nom de La Coopérative des Arcadiens Limitée, je tiens à vous féliciter pour votre excellent travail en tant que président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick.

Vous n’êtes pas sans savoir que l’Acadie se doit d’avoir un projet collectif pour s’épanouir en tant que peuple.

Pour s’épanouir, dans un premier temps, il faut reconnaître que la déportation de 1755 a engendré un profond traumatisme dans le psychisme du peuple Acadien.

À partir de 1755, les Acadiens, les Acadiennes et leurs enfants ont subi:
– Meurtre des membres de leur groupe.
– Atteinte grave à l’intégrité physique et mentale des membres du groupe.
– Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle.
– Génocide qui se poursuit encore aujourd’hui au plan culturel avec la présence, à l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick, de partis politiques qui remettent en question les acquis des Acadiens.

Ces actes rejoignent la définition du terme Génocide, selon l’Article II de la Convention contre le Génocide. Depuis 1755, donc depuis plus de deux siècles et demi, les vraies raisons de la tragédie de notre peuple non jamais été avouées. Sans doute que ces raisons étaient au pied de la lettre un génocide, une épuration ethnique perpétrée par un autre peuple de race blanche, celui-ci sujet de la couronne Britannique au 18e siècle.

Sur le même ton on pourrait dire, si on se réfère au jugement «Krslie», qu’il y a d’évidentes similitudes entre une politique génocidaire et ce qu’il est communément appelé une politique de nettoyage ethnique.

Le nettoyage ethnique, également désigné comme épuration, est un terme désignant une politique et une pratique visant à faire disparaître d’un territoire un groupe en fonction de son identité ethnique et en utilisant la force ou l’intimidation.

M. le président, nous de la gouvernance civile acadienne, devons faire une tentative de rapprochement qui appelle à reconnaître la profonde similitude entre le phénomène de nettoyage ethnique et le crime international de génocide.

Tout d’abord on peut citer la Résolution 47/121 de l’Assemblée Générale des Nations Unies (AGNU) dans laquelle cette dernière a estimé que le “nettoyage ethnique” est une forme de génocide. Comme le disait si bien notre premier ministre du Canada, l’honorable Justin Trudeau, lors de son passage en Arménie: «La reconnaissance du génocide constitue une première étape vers la réconciliation et la paix.»

Pour nous, membres de La Coopérative des Arcadiens Limitée, la réconciliation passe en premier lieu par la reconnaissance du profond traumatisme qu’a subi le peuple Acadien lors de la déportation de 1755-1766; cette déportation qui selon les critères de l’ONU est un génocide.

Dans un deuxième temps, la réconciliation passe par la reconnaissance des syndromes post-traumatisme de la déportation dont la peur de reconnaître la vérité historique et du génocide culturel, qui se poursuit encore aujourd’hui avec l’arrivée à l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick de partis politiques qui remettent en question les acquis des Acadiens.

M. le président, les membres de notre Coopérative reconnaissent qu’il y a eu Génocide. Voilà pourquoi nous avons procédé à l’aménagement de notre site qui sera l’hôte d’un «Mémorial au Génocide Acadien». Ce mémorial sera une croix, «symbole éternel du triomphe de l’amour sur la haine et de la victoire de la vérité sur le mal», croix qui représente la foi de nos ancêtres. Cette croix sera surmontée d’un immense capteur de rêve, clin d’œil aux premières nations qui subissent encore aujourd’hui un génocide culturel. Au centre du capteur de rêve se retrouvera la chouette acadienne, petite nyctale symbole de la résilience acadienne. Ce capteur de rêve sera le portail qui nous permettra de canaliser l’énergie accumulée par la souffrance de nos ancêtres.

Ce mémorial permettra aux acadiens et acadiennes de la diaspora de venir se recueillir, à Kedgwick, de déposer une fleur en plus de signer une pétition qui demandera la reconnaissance du Génocide Acadien au niveau National et International.

M. le président, étant donné que l’Acadie se cherche un projet collectif, nous croyons qu’il revient à la SANB, d’après son mandat, de faire reconnaitre dans un premier temps le Génocide acadien par ses membres, par le gouvernance civile acadienne et la population acadienne du Nouveau-Brunswick. Pour y arriver, nous suggérons que la SANB fasse office de leader et passe une résolution à son AGA proclamant la reconnaissance du génocide acadien comme projet collectif.

L’Acadie se doit de retourner à la source du traumatisme pour mieux s’actualiser dans le présent.

Jean-Paul Savoie
Vice-président et porte-parole
Coopérative des Arcadiens Limitée