Un Centre d’études pour immortaliser la mémoire acadienne

Antonine Maillet remettait au Centre d´études acadiennes (CEA) il y a un certain temps ses manuscrits, 130 en tout, accompagnés de sa correspondance. Et, nonagénaire depuis le 10 mai, elle ne semble pas vouloir s’arrêter. Cela n’empêche pas, toutefois, de faire le grand ménage et de vouloir placer en lieu sûr les archives personnelles. De tels trésors font la joie des chercheurs et des chercheuses.

Faut-il attendre si longtemps ou faut-il qu’on nous montre des documents d’archives aussi impressionnants pour que nous devenions de plus en plus conscients de ce que nous avons dans nos parages des personnes qui non seulement ont écrit, mais qui ont beaucoup écrit? Des gens qui ont osé livrer le fonds de leur pensée sous forme romanesque ou autre? Faut-il attendre si longtemps pour se rendre compte que nous avons, à même les nôtres, des romanciers et des romancières qui ont marqué leur passage de façon significative et qui passent tout d’un coup à l’histoire pour qu’on puisse décortiquer à loisir chaque iota de leur œuvre et interpréter, parfois, jusqu’au détail près, ce que l’auteur a dit ou ce qu’il a voulu dire.

Les étudiantes et les étudiants aux études avancées peuvent s’en donner à cœur joie de la découverte de manuscrits d’auteures aussi prolifiques qu’Antonine Maillet. À voir, de leurs yeux vus, la main d’écriture de la dame, le flot de ses idées, ses ratures, ses recommencements, ses notes personnelles qu’ils auront la tâche de fouiller et de nous livrer.

Il n’y a pas si longtemps les enseignants et les professeurs de littérature, à tous les niveaux, devaient se contenter de quelques textes de poésie, d’un rare roman-fleuve et de quelques textes anonymes parus dans le journal pour parler des nôtres et de leurs écrits. Le lot littéraire était mince, et ça se comprend : les Acadiens, pour longtemps, ont été préoccupés de survie. Peu scolarisés, ils ne pouvaient se permettre le luxe de l’écriture.

Pour combler le vide, il a fallu aller ailleurs, dans le trésor de la pensée française, là où il se trouve une longue tradition littéraire : une qui parle d’un autre monde. C’est aussi tout ce patrimoine qui a permis aux nôtres de tenter d’imiter et de créer une réalité tout autre, la nôtre, avec des personnages qui la reflètent.

Malgré une longue période de survivance, les Acadiens ont cru à l’éducation. Grâce à la présence d’enseignants ambulants, et, ultérieurement, de visionnaires qui ont compris son importance, de congrégations religieuses d’hommes et de femmes qui ont ouvert des maisons d’éducation un peu partout sur le territoire, de parents qui se sont sacrifiés pour payer aux leurs des études secondaires ou d’autres, plus poussées. Cela a permis de découvrir, chez les nôtres, un potentiel caché dans bien des secteurs dont le domaine littéraire n’est pas le moindre.

Avec la création de l’Université et la présence des collèges affiliés, nous avons permis aux nôtres de libérer la parole, de créer, de s’épanouir, de s’envoler vers des mondes imaginaires. Cela a exigé la création de maisons d’édition pour immortaliser la mémoire, les écrits. Si les Acadiens ont hérité d’une longue tradition orale, ils ont maintenant accès à une tradition littéraire riche et à des moyens de production pour la partager.

Nous ne pouvons passer sous silence la vision culturelle et universitaire du père Clément Cormier pour le milieu acadien. Il a voulu une université moderne avec des professeurs compétents et des chercheurs chevronnés. Cela ne l’a pas empêché d’imaginer un lieu où seraient déposés, rangés et conservés les documents d’archives relatifs à l’Acadie et aux Acadiens. Ce lieu existe bel et bien : il constitue un centre riche en information disponible aux amoureux de la recherche.

Les étudiants et les étudiantes sont privilégiés de pouvoir fréquenter un tel centre que ce soit en fonction de cours d’histoire, de philosophie ou de littérature ou autres. Des cours qui permettent à la pensée, à la curiosité intellectuelle et au sens critique d’évoluer.

Face à ce trésor national que constitue le Centre d’études acadiennes Anselme-Chiasson, nous ne pouvons pas assez investir dans la campagne financière Évolution dont une partie servira à la numérisation de documents précieux devant donner un accès plus immédiat et plus efficace à la mémoire du peuple acadien.

Hector J. Cormier
Moncton