Peut-on judiciariser le mensonge?

L’ex-ministre des Affaires étrangères de la Grande-Bretagne, Boris Johnson, a été convoqué par la justice pour mensonge. Au cours de la campagne pour Brexit en 2016, alors qu’il était maire de Londres, il avait affirmé que le Royaume-Uni donnait 350 millions de livres par semaine à l’Union européenne. Il a été convoqué par un tribunal le 29 mai pour répondre à une accusation de «faute grave dans l’exercice de ses fonctions». Selon l’avocat chargé de la poursuite, il a volontairement menti en disant que le Royaume-Uni versait cette somme à Bruxelles.

Johnson, ardent défenseur du Brexit, est donné favori pour la succession de la première ministre démissionnaire Theresa May. Son éventuelle accession au poste de premier dirigeant du pays renforce la perspective d’un Brexit dur, c’est-à-dire, d’une sortie de l’Union européenne sans accord. Mais il devra d’abord s’expliquer sur l’accusation…

Cette situation m’amène à réfléchir à l’importance d’une information éclairée dans le fonctionnement de la démocratie. Qu’il s’agisse d’un référendum ou d’une élection, les votants doivent avoir une représentation éclairée de la réalité; sinon, la démocratie est en péril. Selon le Washington Post, Trump a franchi la barre des 10 000 mensonges depuis son accession au pouvoir. Or, de nombreux analystes observent une tendance fascisante chez le président des États-Unis. Disons que le mensonge et la dérive autoritaire font bon ménage…

Au Canada comme ailleurs, il faut garder une saine méfiance à l’égard des médias sociaux. Des groupes de droite et d’extrême droite ont appris à les utiliser avec une redoutable efficacité pour influencer l’opinion publique et parfois la manipuler. Mieux que les groupes de gauche, ils ont appris à cibler leur clientèle et à s’adresser au côté émotif, et ce, par la dérision ou le mépris de leurs adversaires politiques, parfois en déformant la réalité. Cela a notamment pour effet d’alimenter le cynisme et de faire perdre confiance en nos institutions démocratiques.

Il va de soi qu’on ne peut entamer un processus judiciaire chaque fois qu’on pense que quelqu’un a menti dans un contexte d’élection ou de référendum. On n’en verrait pas la fin. Les votants ont la responsabilité de vérifier la provenance de l’information, de valider les auteurs qu’ils lisent, d’examiner l’information au complet et de faire la distinction entre données factuelles, opinions, publicité et propagande.

Mais quels seraient les recours au Canada si l’on découvrait qu’une information volontairement erronée a contribué à orienter une décision importante des citoyens, comme ce qu’on reproche à Boris Johnson? Pourrait-on considérer cela comme une fraude électorale? Peut-on judiciariser le mensonge? En notre époque de fake news, il est bon de se poser la question…

Daniel Arseneault
Moncton