Ode à un homme d’exception

Le samedi 8 juin, dans la belle petite église de Saint-Irenée, étaient célébrées les funérailles d’un homme d’exception auxquelles mon épouse et moi avons eu le triste privilège d’assister. Denis Sonier est décédé le samedi 25 mai, à Lévis. Il avait exprimé le désir de venir reposer dans son hameau natal.

L’Acadie pleure la mort d’un grand homme, mais pas sa disparition, car le précieux souvenir de son passage parmi nous perdurera dans le cœur de ceux et celles qui l’ont connu, ses exploits en natation inspireront les adeptes sportifs durant des générations à venir, ses accomplissements notoires en administration scolaire et municipale seront dorénavant cités en exemples et son œuvre gigantesque, exceptionnelle dans le monde de l’édition, continuera à fleurir et à enrichir notre patrimoine littéraire acadien.

Grâce à la création des Éditions de la Francophonie, on peut dire que monsieur Sonier a ouvert les vannes d’une écluse gardée jusque-là trop étanche pour que s’épanche la soif de se dire d’une importante partie de la population acadienne. Désormais, un vaste trésor supplémentaire de créativité, de valeurs et de témoignages de vécu déferle en notre milieu et au-delà.

Je ne puis m’empêcher d’associer la vie de Denis Sonier à celle d’Elzéard Bouffier, le héros de la nouvelle de Jean Giono, «L’homme qui plantait des arbres».

M. Sonier était de la trempe de ceux qui s’astreignent inlassablement à planter des arbres sans se soucier de savoir si les personnes qu’ils couvriront éventuellement de leur ombre sauront qui les a plantés. Les semences de persévérance et de confiance en soi déposées par lui dans l’âme et le cœur de tant de gens au cours des ans continueront à germer et à proliférer, engendrant perpétuellement de nouvelles pousses dans d’autres âmes et dans d’autres cœurs.

«Monsieur Denis», pour utiliser réciproquement une expression qui lui était chère quand il s’adressait à ses amis auteurs, a laissé une marque indélébile dans la vie d’innombrables gens, tout comme dans la mienne. Il est en grande partie responsable de mon cheminement intellectuel et spirituel au cours des douze dernières années, un cheminement qui, je le sens, se poursuivra sous l’influence de sa présence pérenne en moi, malgré l’immense chagrin qui m’habite.

Cyrille Sippley
Saint-Louis-de-Kent