Les croisés du Moyen Âge étaient certains d’avoir raison

L’immigrant n’apporte pas seulement sa capacité de travail et de contribution à l’économie. Il fournit aussi un apport culturel, un choc qui nous fait découvrir une façon d’être et de voir qui remet en question ce que nous pensions immuable et universel.

Dans «Sapiens», Yuval Noah Harari décrit la période des lumières (c’est-à-dire le 17e siècle) comme la transition entre l’époque où on pensait que les livres saints décrivaient tout ce qu’on avait besoin de savoir et une nouvelle période où on accepte qu’on ne sait pas, que la bible ne sait pas tout, qu’on doit explorer et que les découvertes doivent remplacer les certitudes qu’elles contredisent.

C’est cette transition qui a donné naissance à l’immense explosion des connaissances par la science et la technologie qu’on a vue par la suite.
Toutefois, des religions continuent à entretenir l’idée que la sagesse a été définie une fois pour toutes dans les livres saints érigés en vérité absolue et immuable, il y a des millénaires.

Je trouve que dans ce qu’on appelle la culture, il y a cette idée que le passé a quelque chose de parfait, en quelque sorte de sacré et faisant partie essentielle d’un groupe, d’une nation ou d’une identité.

Dans certaines valorisations qu’on fait de la culture, il me semble y avoir quelque chose de religieux.

Qui dit religieux, dit immuable avec un attribut de perfection. Je crois qu’il n’y a rien d’absolu dans la culture, dans les cultures.

Il ne faut pas mépriser les acquis du passé, tant sur le plan scientifique que culturel, mais il me semble qu’on peut ainsi se pétrifier si on s’enlève la liberté d’enrichir sa culture et son identité d’autres perspectives et d’autres dimensions, empruntées ou de sa propre création.

Celui ou celle qui vient d’ailleurs, l’autre nous apporte un choc utile, une façon différente de voir et de sentir.

Voir l’autre comme d’abord une menace dont il faut avant tout se protéger, c’est un peu assumer comme au Moyen Âge qu’il n’y a qu’une façon d’être, de voir et d’agir, la nôtre.

Comme nous le dit si bien Boucar Diouf (immigré il y a 20 ans du Sénégal), l’immigrant doit revoir sa façon d’être, de voir et d’agir (en général, il le fait), et celui ou celle qui le reçoit doit faire de même.

Il faut un dialogue mutuellement enrichissant et non un combat pour prouver qu’on a raison contre l’autre, combat qui a pour effet de forcer l’autre à une position défensive et qui nous appauvrit d’autant.

Les croisés du Moyen Âge étaient sûrs d’avoir raison. Nous n’avons pas à répéter leur erreur.

Daniel Beaudry
Moncton