La liberté de presse est-elle sous attaque?

La mise à pied du caricaturiste Michael de Adder à Brunswick News est un triste événement. C’est un dur coup au cœur de la liberté de presse. Cela fait mal non seulement aux caricaturistes, aux journalistes et à la presse en général, mais aussi à tout citoyen qui attache la plus grande importance aux droits et libertés. La liberté de presse, avant d’appartenir à tout ce monde, appartient à ceux et à celles qui croient, défendent et promeuvent les grands principes de la démocratie.

Il ne s’agit pas là que d’un beau principe, quelque chose de très loin, quelque part dans l’abstrait. La démocratie est au cœur de nos vies. Nos institutions en sont imprégnées. Elles président au sort des citoyens d’une façon ou d’une autre sur une base quotidienne.

Ce renvoi à ce monopole journalistique de l’empire Irving qu’est Brunswick News a eu l’effet d’une traînée de poudre. On en parle partout au Canada et aux États-Unis et peut-être ailleurs. Les gens s’interrogent sur le bien-fondé du geste. On n’en trouve peu qui approuvent et beaucoup qui sont profondément déçus.

Il faut admirer le courage de Greg Perry, celui que Brunswick News avait embauché comme remplacement à Michael de Adder: il a décidé de refuser l’emploi, suite à une critique à la fois trop persistante et trop importante dans les réseaux sociaux. Une dame a dit, suite à la nouvelle qui a fait la manchette de l’émission «The Lead» de Jake Tapper au réseau CNN le premier juillet: la liberté de presse ne suppose pas qu’un patron ne puisse pas remercier un individu pour ce qu’il exprime. Ça démontre surtout qu’il est un lâche.

La caricature de Michael de Adder montre une scène douloureuse: un père salvadorien et sa petite fille de moins de deux ans noyés dans le fleuve Rio Grande à la frontière du Texas dans un effort de migrer aux États-Unis. On y perçoit sur la rive un Donald Trump jouant au golf et indifférent à la souffrance humaine, ce qui le caractérise fort bien.

On ne peut pas se désintéresser de ce qui se passe du côté de Brunswick News. Ça tout l’air de faire partie d’une tendance qui se répand de plus en plus sur la planète. Des chefs d’État qui s’attaquent aux institutions dont la presse et son droit à la liberté d’expression. Des populistes dangereux qui excellent dans l’art de dire aux gens ce qu’ils veulent entendre et qui ne se gênent pas de faire appel aux plus bas instincts pour semer la peur et la zizanie. Il leur faut des boucs émissaires. Pas besoin de faire un dessin. Donald Trump visite, invite chez lui et admire des leaders qui ne peuvent se vanter d’être de grands défenseurs des droits humains: Putin (Russie), Kim Jong-un (Corée du Nord), Xi Jinping (Chine), Erdogan (Turquie), Duerte (Philippines), Mohamed Ben Salmane (Arabie Saoudite). Ce ne sont pas dans ces pays où il faut aller pour voir la liberté de presse en action. Ce ne sont pas dans ces pays où on respecte les droits humains, les droits de parole et d’association.

En est-il de ces tyrans qui ne montrent pas du doigt la presse affirmant qu’elle est source de fausses nouvelles? Certains vont plus loin: ils font tout simplement disparaître les journalistes qui gênent. Donald Trump, qui a su se faufiler à la tête de la plus grande démocratie du monde, dit de la presse qu’elle est «l’ennemie du peuple». Comme d’autres, il souhaiterait maintenir la population dans l’ignorance, ce qui donnerait droit de cité à la corruption. Pour s’en convaincre, lire le tout nouveau livre The Enemy of the People, A Dangerous Time to Tell the Truth in America du reporter et journaliste Jim Acosta du réseau CNN.

Est-il exagéré de faire un lien entre ce qui se passe chez nous et ce qui se passe ailleurs? Aucunement! La démocratie est de plus en plus sous attaque. Cette forme de gouvernement peut être fragile à ses heures. Et, si nous y croyons, nous nous devons de la protéger des tyrans qui ne manquent pas une occasion d’en trouver les failles et de frapper dur.

Hector J. Cormier
Moncton