Le joyau du système de santé restera chez Medavie

En campagne électorale, Blaine Higgs, alors chef de l’Opposition, disait à tout venant qu’il tenterait de sortir le gouvernement de l’entente signée avec Medavie, laquelle allait privatiser le Programme extra-mural. Fallait-il, pour ce faire, qu’il y ait une clause de sortie? Or, selon le contrat, la province peut mettre fin à l’entente de dix ans à tout moment «sans motif» à condition de verser à l’entreprise – Medavie en l’occurrence – les coûts réels de la résiliation jusqu’à concurrence d’un million de dollars.

C’est une somme importante, mais n’oublions pas que le gouvernement paie annuellement à Medavie 2,6 millions $ en frais de gestion et un autre montant pouvant aller jusqu’à 1,8 million $ comme prime de rendement si l’entreprise satisfait certains critères. Cela représente une possible somme de 4,4 millions $ par an ou 44 millions $ sur la durée du contrat.

Malgré tout, le gouvernement Higgs, qui allait assainir les dépenses publiques et revoir la pertinence du contrat, décide de laisser le programme aux mains du privé, même si la Loi canadienne sur la Santé spécifie clairement que le régime provincial d’assurance-maladie doit être géré par un organisme public. Medavie n’en est pas. Les quatre partis – progressiste-conservateur, vert, NPD et alliance – adhéraient à ce principe avant l’arrivée de Blaine Higgs au pouvoir.

Les libéraux de Brian Gallant, pendant leurs quatre années au pouvoir, ont tenté de convaincre la population, bien à son insu, que le secteur privé améliorerait la qualité des services du programme. Et ils s’acharnaient à faire croire que Medavie ferait mieux à cause du phénomène de la population vieillissante. Comprenne qui peut. Les régies de la santé assuraient déjà ce service de façon excellente avec un taux de satisfaction frisant les 97%. Peut-on demander mieux? Medavie allait donner une partie du travail relevant de la compétence des infirmières et des infirmiers au personnel paramédical même s’il n’en a pas la formation. Or, le rapport intérimaire, rendu public récemment, démontre que les professionnels de la santé du programme Extra-Mural ont effectué 6900 visites en moins entre les mois d’octobre 2018 et mars 2019. Et, vingt-cinq postes d’infirmières et d’infirmiers restent encore à combler. Ça ressemble étrangement aux déboires du service d’ambulance NB dont Medavie est également responsable.

Ted Flemming, ancien ministre de la Santé dans le gouvernement progressiste-conservateur de David Alward, était le conférencier invité à une des réunions publiques que tenait Cecile Cassista à Quispamsis en 2017. Son discours était à point: il ne pouvait pas assez vanter les mérites du Programme extra-mural. Il disait avoir passé une pleine journée avec une infirmière du programme pour constater personnellement le travail qui s’y faisait. Il n’a cessé de dire que le programme était le «joyau» du système de santé. Et il concluait en réitérant que la place de ce service était dans le secteur public tel que préconise la loi fédérale. Blaine Higgs était dans l’auditoire. Ce dernier, on le sait, avait avoué au groupe «Retour de l’extra-mural au secteur public» que Medavie ne ferait pas mieux que les régies de la santé dans sa gestion du programme. Et, pourtant…

Blaine Higgs, une fois au pouvoir, faisait de Ted Flemming son ministre de la santé. Il n’aura toutefois pas à toucher à la question de la privatisation de l’extra-mural. C’est son «bébé» et il entend s’en occuper. Paradoxe des paradoxes, lorsque viendra le temps d’annoncer aux citoyens de la province que le gouvernement ne bougera rien dans l’entente avec Medavie, c’est à M. Flemming que viendra la tâche d’annoncer et défendre la décision, ce qu’il fit avec peu d’enthousiasme.

La population comptait sur Blaine Higgs pour renverser la vapeur. Il ne l’a pas fait. Si le nouveau chef du parti libéral Kevin Vickers – lui qui prétend être rassembleur autour d’enjeux majeurs – veut tenter de rétablir un climat de confiance chez les électeurs, il serait mieux d’admettre que la privatisation du Programme extra-mural a été une erreur, qu’elle constitue une infraction à la loi canadienne sur la santé et qu’il entend rectifier le tir, n’en déplaise à quiconque. Ce serait afficher le plus grand des respects pour une institution qui s’appelle démocratie.

Hector J. Cormier
Moncton