Faire du français une langue de culture, de progrès et de civilisation

Depuis sa création en 2015, une note d’originalité du Réseau des villes francophones et francophiles d’Amérique (RVFFA) fut la reconnaissance par des décideurs du Rendez-vous 2017 de Québec du potentiel de création de richesse des croisières culturelles de 50 à 400 passagers et de l’offre complémentaire commerciale, entre autres dans l’hôtellerie.

À l’occasion du Salon IFTM International and French Travel Market, en septembre 2018, à Paris, des experts ont évalué ce potentiel à long terme à un million de passagers sur une base annuelle pour une durée moyenne de séjour de 8 jours.

De plus, l’état de situation de la transformation numérique de ce segment du tourisme de croisière présente des opportunités pour le circuit marchand des données de masse appliqué aux médias socionumériques.

La force des usages est de gommer les limites institutionnelles et théoriques d’un espace, de ne plus être contraint par le temps, et d’adapter l’offre et la demande en fonction de la météo, de la disponibilité ou la proximité par rapport à un lieu.

Beaucoup de questions se posent à propos des enjeux de l’axe tourisme du Rendez-vous 2019 du RVFFA, qui aura lieu du 15 au 17 août à Moncton. Quels produits et expériences touristiques devraient être développés et améliorés pour les croisières culturelles de 50 à 400 passagers? Que faudrait-il faire en termes de développement durable, de partenariats et d’aménagement en infrastructure?

Le problème est de définir les lignes directrices des cadres traditionnels de langage, de culture, de religion, d’identité et coutumes des principaux lieux du fait francophone nord-américain.

Cette manière de faire s’inscrit dans une démarche de production de nouvelles configurations dans une optique géopolitique du risque défini ici comme une problématique culturelle, sociale, et même morale, visant à expliciter les dynamiques contemporaines des principaux sites du fait francophone nord-américain.

Par exemple, au Nouveau-Brunswick, depuis la Commission Byrne de 1963 sur les finances et la taxation municipale, la qualité de vie des francophones et des autochtones s’est beaucoup améliorée, mais la langue française comme caractéristique culturelle, sociétale et nationale doit sans cesse être légitimée.

De plus, la faible majorité accordée au Parti libéral et au Parti progressiste conservateur respectivement lors des élections provinciales de 2014 et de 2018 confirme le retour à un système des partis marqué par la division de l’électorat sur une base linguistique et religieuse. L’ère progressiste-conservateur 1970-1987 de Richard Hatfield, un anglophone protestant, et de Jean-Maurice Simard, un francophone catholique, valorisant l’égalité réalisée par le prisme de l’équité à l’endroit des minorités de langue officielle est bel et bien morte. Et pour cause. Les héritiers de Lord Durham favorables à l’assimilation des francophones affirment aujourd’hui encore que la province du Manitoba était aussi bilingue à sa fondation en 1870, mais n’a pas conservé ce statut.

C’est pourquoi le parti ministériel au Québec doit mettre à l’ordre du jour du Sommet sur le rapprochement de la francophonie canadienne qui se tiendra à Québec, les 16 et 17 juin 2020, le respect de la Loi sur les langues officielles par les partis politiques. L’objectif principal est de faire du français une langue de culture, de progrès et de civilisation plutôt que de domination ou de résistance.

Pour ce faire, la classe politique doit utiliser la forme d’un dialogue de compréhension et de refondation du vivre-ensemble dans une perspective citoyenne. C’est dans cette logique que la viabilité à long terme des croisières culturelles de 50 à 400 passagers et de l’offre complémentaire commerciale des principaux lieux du fait francophone nord-américain résulte d’un acte de volonté d’un triple apport: une compréhension profonde de la démocratie américaine, et positive du rôle qu’y joue le droit; une vision du libéralisme, fondée sur l’impossibilité de dissocier le marché de la règle de droit; un horizon d’analyse de l’agir fédéral dans ses rapports avec le cosmopolitisme et le communautarisme.

Gilles Couture
Québec, Québec