Le virage vert pourrait-il nous être imposé?

Chaque samedi, je me plais à lire la chronique de Roromme Chantal dans l’Acadie Nouvelle, tant elle renseigne sur les enjeux mondiaux. L’article du 3 août, intitulé Une «dictature écologique», m’a particulièrement frappé. Il y est rapporté que dans le journal Le Monde, d’éminents scientifiques ont récemment fait valoir que le sauvetage de la planète est peu probable, à moins d’envisager des solutions radicales pour lutter contre les changements climatiques. Le philosophe allemand Hans Jonas évoquait même un possible recours à une «tyrannie bienveillante».

Il est vrai que les gouvernements démocratiques sont mal adaptés pour répondre à la menace climatique, puisqu’un parti politique qui proposerait de faire le nécessaire ne serait pas élu. Les objectifs environnementaux sont en concurrence avec les enjeux économiques et le confort immédiats.

Mais alors, quel pays serait en mesure d’imposer un nouvel ordre mondial en matière d’écologie, pour peu qu’il soit souhaitable qu’un tel ordre soit «imposé»? La Chine? L’hypothèse pourrait être perçue comme une lubie, habitués que nous sommes à voir des images de Chinois portant des masques pour filtrer l’air pollué de leurs centrales au charbon. Arrêtons-nous quand même à cette éventualité.

L’Empire du Milieu est gouverné par un régime autoritaire qui n’a pas les yeux rivés sur les prochaines élections, mais sur le long terme. Or, les changements climatiques risquent d’amener la famine, d’où peut-être une motivation à agir en amont pour éviter la révolte de la population et les bouleversements politiques. La Chine planifie à long terme. Par ailleurs, c’est encore une visée à l’issue incertaine, mais elle ambitionne de devenir la première puissance mondiale, devant les États-Unis. En quelques années, elle est devenue la plus grande productrice de panneaux solaires au monde, en plus d’être à la fine pointe en matière de connectivité et de l’intelligence artificielle, deux domaines porteurs.

De plus, elle passe de la planification à la mise en œuvre à une vitesse fulgurante. Dans une récente vidéo de la série TED, le grand conseiller politique Graham Allison relate que, près de son bureau à Cambridge, au Massachusetts, il a fallu cinq ans pour construire un pont, alors qu’il a fallu 43 heures pour construire un pont comparable à Pékin.

Tout cela ne nous donne pas une boule de cristal, mais permet d’imaginer dans un avenir plus ou moins lointain une Chine en mesure de forcer la main des pays réfractaires au virage vert, y compris les pays occidentaux, en les menaçant de sanctions économiques. Ce ne serait pas encore la tyrannie, mais à tout le moins une perte de souveraineté pour ces pays…

Daniel Arseneault
Moncton