Différence d’opinion

C’est avec grande attention que j’ai lu, hier, mardi 20 août, l’éditorial de François Gravel et l’opinion de Marcel Arseneau de Moncton, dans l’Acadie Nouvelle concernant les propos tenus (et de son doigt d’honneur) par Serge Brideau lors de la fête des Acadiens du 15 août. Comme Marcel Arseneau, le doigt d’honneur et les propos de Serge Brideau m’ont choqué et comme lui, je pense que l’endroit et le moment étaient mal choisis pour exprimer son opinion, alors que François Gravel appuie autant les propos et le geste de Serge Brideau. Il me donne même l’impression de faire son apologie, c’est son droit comme, me semble-t-il, c’est le mien de lui faire savoir que je ne partage pas son opinion et ses valeurs. De plus, il compare cette situation avec la rencontre du chef fédéral conservateur, Andrew Scheer, et du premier ministre libéral, Justin Trudeau.

Comparaison plus que boiteuse, me parait-il. Andrew Scheer a demandé à Justin Trudeau d’être franc et de cesser de mentir à propos de l’affaire SNC- Lavalin et cela sans aucune méchanceté apparente et cette rencontre n’a duré que quelques secondes.

Au sujet de cette affaire, le commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique, Mario Dion, a estimé que le premier ministre Trudeau avait violé la Loi sur les conflits d’intérêts en exerçant indûment des pressions sur l’ancienne procureure générale, Jody Wilson-Raybould, pour que le Service des poursuites pénales puisse conclure un accord de poursuite suspendue avec le géant montréalais de l’ingénierie, SNC-Lavalin, accusé de corruption, ce que nie Justin Trudeau.

Andrew Scheer ne pouvait pas se faire entendre par des dizaines de milliers de spectateurs comme Serge Brideau qui a profité de sa situation privilégiée, il tenait le devant de la scène, avait un micro en main et a pris tout son temps pour jeter son fiel sur notre premier ministre, Blaine Higgs, c’est cela, selon moi, de la petite politique partisane.

Sachez, qu’ici, je ne me porte pas à la défense de notre premier ministre si j’affirme qu’il a été élu de façon démocratique. Même minoritaire, il n’en demeure pas moins qu’il est, jusqu’aux prochaines élections provinciales, notre premier ministre, n’en déplaise à Serge Brideau.

Quant à François Gravel, il termine son éditorial en disant et je cite «La façon que M. Scheer a utilisé notre Fête nationale pour faire de la petite politique partisane est honteuse. Bien plus que n’importe quel doigt d’honneur sur une scène de spectacle.»

Décidémment François Gravel et moi ne sommes pas de la même génération et n’avons pas les mêmes valeurs. On m’a toujours appris que faire un bras d’honneur ou faire un doigt d’honneur étaient des gestes déplacés, disgracieux, grotesques, grossiers sinon vulgaires, et ce, en toutes circonstances!

De plus, il ose comparer le comportement de Serge Brideau à ce qu’ont apporté à l’Acadie des artistes tels que Zachary Richard, Antonine Maillet, Gérald Leblanc et Herménégilde Chiasson, cela dépasse tout entendement. Maintenant quand il dit «Nous sommes en désaccord», parle-t-il de lui ou de l’Acadie Nouvelle? J’aimerais qu’il clarifie sa position, car le président du Conseil d’administration du journal, Clarence LeBreton, que je salue au passage, lui qui m’a donné dans des cours d’histoire le goût d’approfondir mes connaissances sur l’histoire de l’Acadie et du Canada, m’a enseigné qu’un éditorial dans la presse francophone n’engageait que son auteur alors que dans la presse anglophone l’éditorial reflétait la position du journal… la différence est énorme et si les choses ont changé, qu’on me le fasse savoir juste pour ne pas rester dans l’ignorance!

Claude Soriano
Dieppe

 

M. Soriano,

C’est avec une grande attention que j’ai lu votre lettre. Je vous invite à relire l’éditorial que j’ai signé, vous verrez que je ne compare pas Serge Brideau à Zachary Richard ni à quiconque et que je ne fais pas l’apologie de son doigt d’honneur (que j’ai trouvé grossier). Je défend plutôt son droit de s’exprimer sur un sujet politique, «même le 15 août, même avec un doigt d’honneur».

Dans la tradition des journaux francophones, l’éditorial est signé par un auteur, mais représente la position du journal.

  • François Gravel, éditorialiste