Heureuse fatigue, nouvel envol

J’ai une fatigue heureuse à la suite du CMA 2019, et j’ai le sentiment d’avoir fait le plein de patriotisme pour de nombreuses années encore.

Dans mon palmarès des CMA, auxquels j’ai tous participé, l’édition de 2019 vient de passer en première position, battant ainsi de peu l’édition de 1994, dans le sud-est, puis celui de 2009, dans la Péninsule, Terres et forêts au Madawaska-Témiscouata-Maine en 2014, la Louisiane, en 1999, et la Nouvelle-Écosse, en 2004.

Chacune de ces éditions a eu des retombées positives qui lui sont propres, telle une loi sur les services en français en Nouvelle-Écosse ou encore la promesse d’une nouvelle école française à l’Île-du-Prince-Édouard. Mais tous les CMA ont contribué à augmenter de façon exponentielle la fierté acadienne dans la population couverte par l’événement.

L’apothéose de ce dernier CMA a été le tintamarre et le spectacle du 15 août à Dieppe, avec près de 25 000 participants. On ne pouvait avoir mieux comme prestation. Certaines personnes ont été ébranlées par le cri du cœur d’un artiste et par l’animation en «chiac» d’un autre.

Personnellement, je n’ai pas été offusqué, même si j’ai eu quelques minimes réserves.

Une des plus notables contributions de ce CMA a été son passage à l’Île-du-Prince-Édouard. Le puissant coup de tonnerre juste avant l’ouverture du Congrès – le plus gros coup de tonnerre de ma vie – a semblé vouloir marquer de façon ostentatoire le début des festivités. Tous les villages et les villes de l’île ont eu leurs moments de gloire durant le congrès. On a assisté à un renforcement identitaire de façon indélébile.

La contribution spectaculaire du premier ministre Dennis King (Denis Roy pour les intimes) aux festivités doit être hautement soulignée.

Et que dire de la participation qualitative et quantitative de nos frères et sœurs de la Louisiane! Ils ont probablement eu le pavillon le plus animé, avec celui de l’Île-du-Prince-Édouard. La communauté cadienne de la Louisiane est probablement celle qui se nourrit le plus en profondeur sur le plan identitaire par le CMA. Ils ont une soif incommensurable d’acadianité.

On doit saluer de façon notoire la participation du Québec à ce CMA. On y a retrouvé de nombreux artistes. Leur pavillon était un des mieux animés. La visite de la ministre Sonia Lebel (une Acadienne de par sa mère) a été hautement appréciée. Les rencontres des villes et villages de la francophonie, et le rendez-vous économique ont été bien nantis quant à la participation québécoise. De plus, la visite de Maxime Laporte, président de la Société Saint-Jean Baptiste de Montréal (SSJB), a été fortement remarquée et appréciée. Plus que jamais, le Québec exprime de façon forte sa volonté de rapprochement avec nous. On ne peut que s’en réjouir.

L’aspect le plus remarquable de ce Congrès a été la participation populaire aux différentes activités, surtout celles tenues dans les villes et villages d’Acadie du Nouveau-Brunswick et de l’Île. Personnellement, je n’ai pu m’y rendre, sauf à Shediac et à Abrams Village. Mais nos médias, surtout Radio-Canada et l’Acadie Nouvelle, ont été particulièrement généreux dans la couverture de ces événements. On les en remercie.

Quand j’ai lancé l’idée du CMA, j’insistais sur le fait que le réflexif devrait avoir sa place à côté du festif lors des CMA. Je maintiens cet énoncé et signe. Le Grand Parlouère a réussi à assouvir en grande partie cette soif de dialogue. Mais en fait, la session de travail de l’Assemblée nationale acadienne, hors du CMA officiel, tenue le vendredi 23 août à Cocagne, est venue conclure avec brio le volet réflexif du Congrès. Il faut maintenant souhaiter qu’un rapport de ces délibérations sera produit, afin de continuer à alimenter la réflexion pour une Acadie plus politique et autonome.

Un des moments des plus émouvants que j’ai vécu lors de ce Congrès, c’est la rencontre, à sa demande, que j’ai eue avec madame Liliane Petitpas-Vetter, cette dame qui a retrouvé sa famille à 72 ans lors du CMA 1994. Elle tenait à me remercier d’avoir eu l’idée du CMA, et par ce fait même, d’avoir permis cette rencontre familiale historique. Plusieurs autres personnes en ont aussi bénéficié. Même si ce n’était que pour ce genre de rencontres, avoir été l’idéateur des CMA me comble. Je pourrais maintenant mourir en paix!

Même si j’ai joui du CMA du premier jour au dernier, je crois qu’il a duré 3-4 jours de trop. On devrait se limiter à une dizaine de jours, du jeudi au deuxième dimanche. Quatorze jours, c’est dur sur les employés et les bénévoles, et c’est trop mettre à l’épreuve la durabilité physique des participants. On doit des remerciements hautement mérités aux organisateurs, aux employés et aux bénévoles: merci grandement pour tout!

Certaines personnes croient que les CMA sont obsolètes. Cette dernière édition les fait mentir. D’autres voudraient extirper le réflexif du festif. Je ne suis pas d’accord. Ça ne m’empêche pas de penser qu’il y a place pour des états généraux de l’Acadie mondiale ou encore de la francophonie mondiale, proposition surtout portée actuellement par la SSJB.

Comme vous pouvez conclure par ce qui précède, j’ai été plus qu’enchanté par ce CMA. Je suis même «flabbergasté». On m’a permis, pour la deuxième fois dans l’histoire des six CMA, d’avoir le statut de VIP, et j’en ai profité au maximum. Je n’ai manqué qu’un spectacle. Le CMA 2019 passera à l’histoire comme un des plus grands CMA. On souhaite bonne chance aux Acadiens et Acadiennes de la Nouvelle-Écosse des régions Clargyle, pour l’organisation du CMA 2024. J’y serai. Longue vie aux CMA!

Jean-Marie Nadeau
Moncton