Je suis francophone

Je suis francophone. J’habite un lieu où au moins 95% des habitants sont francophones, dans un pays (le Canada) et une province où le français et l’anglais sont des langues officielles. La Loi sur les langues officielles stipule qu’au Nouveau-Brunswick, «le français et l’anglais ont un statut et des droits et des privilèges égaux quant à leur usage…»

J’ai quelques bons amis dans des pays lointains à qui j’envoie parfois des cadeaux. Ce mois-ci, j’ai acheté deux livres français, que j’ai expédiés par la poste, par voie de terre, à un Français. Or, quand je me suis présenté au bureau de poste, l’employée m’a demandé si je voulais expédier mes deux colis (deux livres) «par avion ou par… surface». Ce «par surface» est un détestable calque de l’anglais «surface mail». Je lui ai répondu que je préférais les envoyer «par voie terrestre». J’ai continué à parler et à répéter «par voie terrestre», mais elle a continué à utiliser son anglicisme «par surface». Je n’ai plus insisté, car je la connais bien; peut-être une irrécupérable.

En commençant à remplir la déclaration, elle a écrit «One boo…». J’ai allongé le cou, j’ai lu, et c’en était trop! Je lui ai dit clairement qu’elle devait écrire «Un livre», et elle a recommencé. Je lui ai aussi avoué que ce qu’elle venait de faire me fendait le… (Je vous fais grâce du dernier mot!) Pouvons-nous imaginer qu’une employée francophone d’un bureau de poste dans une région francophone ne sache pas utiliser les expressions «par voie terrestre», «par voie maritime» ou «par voie aérienne», selon le cas, et qu’elle s’obstine à dire l’anglicisme «par surface»?

Je suis sorti du bureau de poste. Plus tard, j’ai raconté l’affaire à une connaissance qui m’a dit que «c’était probablement madame une telle qui m’avait servi.» J’ai dit qu’elle était probablement irrécupérable, et lui d’ajouter: «… peut-être aussi non-recyclable!» Nous avons ricané pour ne pas en pleurer. Ma réaction, croyez-moi, a été de saigner du nez! Riez de moi si vous le voulez. Quand j’avais douze ans, il y a de cela quatre-vingts ans, mon enseignante m’avait dit un jour que je valais bien une risée.

À mon âge, j’ai encore assez d’énergie pour continuer à défendre ma langue et refuser qu’une employée des postes me serve des anglicismes dommageables. La personne a pourtant à sa disposition tout le matériel écrit et le vocabulaire français spécifique aux postes, mais elle préfère toujours utiliser l’anglicisme.

La piètre qualité du français de cette employée de Postes Canada donne beaucoup à réfléchir.

Merville Landry
Beresford