La vaccination: une responsabilité collective

La vaccination est la responsabilité de tous et les risques doivent être partagés équitablement. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas été témoin d’horreurs comme la poliomyélite, les oreillons (mumps), la diphtérie, la rougeole, le tétanos, qu’on a le droit d’agir comme si elles n’existaient pas.

Nous avons rencontré hier une femme qui a été témoin, en Afrique, de ces horreurs; elles sont bien réelles là où la vaccination n’est pas disponible.

Certains s’opposent à la vaccination. Si beaucoup sont portés à regarder ce phénomène du refus de vaccination avec une certaine sympathie, c’est qu’ils n’ont sur ce sujet qu’une perspective individualiste et ne comprennent pas l’importance de la vaccination pour eux-mêmes, leurs enfants et toute la population. Sans doute parce qu’en raison de l’efficacité des campagnes de vaccinations du passé, ils ou elles n’ont aucune idée des méfaits des maladies contre lesquelles nous vaccinons la population.

L’anti-vaccination fait appel à la peur ce qui la rend virale sur l’internet. Il y a de l’argent à faire avec les clics de désinformation. Cela amplifie le mouvement. Les dangers de la vaccination sont beaucoup moins grands que les dangers qu’elle prévient. On pousse malhonnêtement l’idée contraire dans ces campagnes anti-vaccination, ce qui ne veut pas dire que toutes les personnes qui croient à ces campagnes soient malhonnêtes. On peut croire sincèrement à des faussetés.

Par la vaccination, nous avons vaincu de nombreuses maladies qui ont fait souffrir nos ancêtres. Même des gens de ma génération ont été tués ou rendus invalides un grand nombre. Si on avait laissé la vaccination au choix et à la fantaisie de chacun, on n’aurait jamais vaincu ces horribles maladies. S’opposer à la vaccination au nom de certaines convictions personnelles ou religieuses, c’est faire fi de la réalité et du bon sens. Il est raisonnable de prendre des mesures pour l’imposer. J’encourage donc les gouvernements à imposer la vaccination par des moyens appropriés.

L’effet de meute, c’est cette protection des gens vulnérables ou non vaccinés par la vaccination de masse. Cet effet n’est pas bien compris par tous. Je vais essayer de l’expliquer. Prenons une maladie très contagieuse comme la rougeole. Une personne infectée (appelons-la «Prima») sort dans le public, par exemple dans une école ou dans un transport public ou tout autre lieu public, comme les magasins ou les églises. Des études montrent qu’elle infectera de 8 à 15 autres personnes si personne n’est vacciné.

Ces 8 à 15 personnes deviendront alors à leur tour des «Prima» qui vont infecter chacune 8 à 15 personnes, ce qui donne de 64 à 225 personnes (de nouvelles «Prima») qui infecteront à leur tour de 512 à 3375 personnes et ainsi de suite. On a alors rapidement une grande épidémie.

Supposons que 95% des personnes sont vaccinées, une personne sur 20 seulement pourra être infectée par une «Prima».

Comme personne ne rencontre toute la population, il est probable que «Prima» n’infecte personne de vulnérable et qu’aucune des personnes avec lesquelles elle aura été en contact ne soit malade et susceptible de transmettre la maladie.

Dans une situation idéale, seulement les personnes qui ne peuvent pas être vaccinées pour des raisons médicales (trop jeunes, immunodéficientes, trop malades…) ne le seront pas. Ces personnes non vaccinées, susceptibles à la maladie, et les autres chez qui la vaccination n’aura pas été efficace pourraient tomber malades à cause d’un contact avec notre «Prima», mais ils ne rencontreront pas de «Prima». Ils sont donc protégés par l’effet de meute. L’effet de meute ne s’applique pas également à toutes les maladies, mais c’est un phénomène qui a été observé et mesuré, contrairement à ce que disent certains.

Si 95% des gens qui peuvent médicalement être vaccinés (il y a des personnes qu’on ne peut vacciner pour raison médicale) le sont, la probabilité d’être atteint d’une maladie couverte par la vaccination est presque nulle.

Est-ce une raison pour dispenser un individu d’accepter la vaccination sous prétexte qu’elle présente des risques?

Est-il acceptable qu’un individu qui n’a pas de contrindication médicale profite de la sécurité offerte par l’immunité collective sans y contribuer?

Est-il légitime pour le citoyen moyen de profiter des routes sans payer les taxes qui permettent de les construire et de les entretenir?

La liberté individuelle s’arrête lorsque le bien collectif est en jeu. On peut choisir de s’exposer soi-même, mais on ne peut pas choisir d’exposer quelqu’un d’autre sous prétexte de liberté.

C’est malheureusement en faisant croire que la vaccination est dangereuse que les parents hésitent à suivre le programme de vaccination alors que le moindre risque, c’est la vaccination.

C’est un peu comme la ceinture de sécurité en automobile. Certains font croire qu’en cas d’accident, la ceinture peut vous tenir prisonnier d’une voiture en feu et qu’il y a des cas de personnes éjectées de leur voiture qui ont survécu presque miraculeusement.

Ce sont des cas exceptionnels et rares, immensément plus rares que les cas où la ceinture de sécurité a sauvé la vie des occupants en sauvegardant leur capacité de sortir plutôt que de demeurer inconscient ou écrasé sous la voiture.

Pour la ceinture de sécurité, il y a une loi et elle est bonne et claire. On pourrait même s’en inspirer pour les vaccins.

En cette ère de post-vérité, où même les faits ne sont pas respectés, on peut être tenté de croire à ce qui plait le plus à l’esprit et se laisser emporter par ses peurs. La rigueur n’est pas toujours facile.

Je fais confiance aux scientifiques sur les données scientifiques. La science a déjà erré ici et là, mais elle se remet en question et se corrige.

En science, la carrière des fraudeurs a généralement la vie courte parce sans crédibilité, c’est l’exclusion et les fonds de recherche fondent rapidement.

L’affirmation du lien entre les vaccins et l’autisme par Andrew Wakefield a été reconnue comme une fraude et rétractée par la revue médicale The Lancet ainsi que par d’autres sources scientifiques.

Les raisons pour lesquelles un tel phénomène persiste dans le public demeure pour moi un mystère.

Il faut résister à la désinformation que des personnes ou des groupes organisés diffusent en alimentant des peurs irrationnelles.

Daniel Beaudry
Médecin à la retraite
Moncton