Une lieutenante-gouverneure unilingue au Nouveau-Brunswick

Tout comme de nombreux autres francophones de la province, je fus vivement déçu d’apprendre que le premier ministre Trudeau avait nommé une personne unilingue anglophone au poste de lieutenante-gouverneure de la seule province officiellement bilingue au pays.

Je me suis demandé si la Loi sur les langues officielles, tant fédérale que néobrunswickoise, n’était pas, en fin de compte, qu’une arme politique que l’on brandissait quand le besoin s’en faisait sentir et qu’on laissait rangée dans l’armurerie le reste du temps.

Puis après réflexion, j’en ai conclu que l’unilinguisme de cette personne m’importait assez peu, puisque, pour des raisons que j’ai déjà eu le privilège d’expliquer en autres lieux et autres temps, le poste lui-même, selon moi, n’a pas sa raison d’être, ni au Nouveau-Brunswick ni au Canada.

Il est sûrement justifié que les Acadiens et les autres francophones de la province et du pays montent aux barricades quand leurs droits linguistiques ne sont pas respectés. Mais je crois que le remède à la situation souvent déplorable qu’on dénonce au sein de notre francophonie se trouve ailleurs.

Il s’agirait plutôt de concentrer nos énergies et nos efforts à assainir nos outils de communication en ce qui a trait à la langue utilisée, puis concevoir et implanter une méthode révolutionnaire en éducation familiale et scolaire, où l’histoire de l’Acadie est omniprésente et où prime la fierté de la langue et de la culture identitaire acadienne.

C’est là, à mon avis, que doit s’amorcer le tournant que l’on souhaite réaliser.

Tous les autres efforts individuels ou associatifs en ce sens doivent s’arrimer à ce projet de base.

Commençons par vivre notre fierté et parler correctement notre langue entre nous et chez nous et en peu de temps, le reste de la province et du pays ne pourra faire autrement que de s’incliner devant la vague déferlante que sera devenue l’Acadie, une vague qui aura tôt fait reculer la tendance populaire actuelle à la régression et à l’assimilation.

Cyrille Sippley
Saint-Louis-de-Kent