La taxe sur le carbone: un investissement en santé publique

M. Jeff Carr, ministre de l’Environnement, votre lettre du 12 juin n’aborde pas les préoccupations dont le Groupe de développement durable du Pays de Cocagne vous faisait part dans sa lettre du 22 mai. Votre réponse démontre clairement qu’une taxe sur le carbone, soit un prix sur la pollution, ne fait pas partie du plan d’action sur le climat du Nouveau-Brunswick. Essentiellement, vous trouvez que cette taxe est injuste et injustifiée et qu’elle alourdit le fardeau fiscal des Néo-Brunswickois.

Étant donné l’état d’urgence climatique actuelle, nous ne pouvons souscrire à l’analyse que vous faites de la situation.

Nous estimons que la taxe sur le carbone est juste et justifiée et qu’elle n’alourdit pas le fardeau fiscal des Néo-Brunswickois. Cette mesure vise à diminuer notre dépendance sur les énergies fossiles et à investir davantage dans les énergies renouvelables. Elle vise à abaisser les émissions de gaz à effet de serre (GES) à l’origine du changement climatique qui a des effets néfastes sur la santé. Cette taxe s’inscrit dans le cadre d’une transition vers une économie à faible empreinte carbone dans le but de protéger la santé et la sécurité de nos familles et de nos collectivités. En fait, la taxe sur le carbone est un investissement en santé publique.

Cette nouvelle taxe est justifiée en raison de la crise climatique que nous subissons actuellement. Nous devons agir rapidement. Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, nous n’avons qu’environ 10 ans pour résoudre les problèmes liés au changement climatique. Des actions sérieuses sont nécessaires pour abaisser nos émissions de GES de 45% d’ici à 2030 conformément aux données scientifiques, sinon nous ne serons pas en mesure de protéger la santé et le bien-être des Néo-Brunswickois.

Or, peu de mesures sont prises par les dirigeants politiques pour contrer le changement climatique. Ces mesures nécessitent d’importants investissements pour adapter les infrastructures et promouvoir l’électricité propre ainsi que les véhicules électriques. Peu de choses laissent penser que ces investissements sont faits par votre gouvernement. Selon Lois Corbett, directrice générale du Conseil de conservation du Nouveau-Brunswick, la province n’est actuellement pas en bonne voie d’abaisser ses émissions de 45% d’ici à 2030 à moins de mettre réellement en œuvre l’ensemble de son plan d’action sur les changements climatiques et de se conformer aux règlements fédéraux qui incluent, entre autres, la tarification du carbone.

Les économistes sont d’avis que la taxe sur le carbone est l’une des façons les plus rentables de diminuer la pollution qui perturbe notre climat. C’est une mesure efficace. L’utilisation croissante des énergies renouvelables rend leurs coûts abordables, favorise la création d’emploi et aide à progresser vers une économie à faible empreinte carbone. La très vaste majorité de la population souhaite une diversification de notre économie par l’élimination des énergies nocives pour la santé (charbon, pétrole et gaz) et leur remplacement par des énergies renouvelables de sources solaire, éolienne et autres.

La taxe fédérale sur le carbone est juste et équitable, car elle donne à tous les Canadiens et toutes les Canadiennes une chance égale de faire leur juste part pour diminuer les émissions de GES. Plus nous polluons, plus nous devons payer. Nous avons tous la liberté de choisir comment nous allons remédier au problème. Les entreprises et les ménages peuvent, par exemple, rendre leurs bâtiments plus écoénergétiques, tandis que l’industrie peut choisir des options mieux adaptées à ses processus de fabrication. De telles mesures permettent d’économiser de l’argent dès leur mise en place.

Cette nouvelle taxe n’alourdit pas le fardeau fiscal. D’abord, la totalité des revenus perçus au Nouveau-Brunswick est retournée à la province: 90% retournent aux contribuables sous forme de rabais sur leur déclaration de revenus; le 10% restant sert à financer des initiatives vertes. Les gens qui vivent en régions rurales bénéficient d’un supplément de 10%, et les petites entreprises, les écoles, les hôpitaux et les municipalités ont droit à des subventions. Dans ce contexte, le gouvernement canadien veut investir 2 millions $ cette année pour rendre les écoles de la province plus écoénergétiques (Acadie Nouvelle du 27 juin et Times & Transcript du 26 juin). Les fonds proviendront de la taxe sur le carbone qui a été recueillie par le fédéral au Nouveau-Brunswick depuis le 1er avril.

De plus, le fardeau fiscal peut être allégé si l’on tient compte du coût des dégâts causés par les phénomènes météorologiques extrêmes liés aux changements climatiques. Depuis 2014, ces dégâts ont coûté au moins 170 millions $ à la province – et ces données n’incluent pas les coûts liés aux inondations phénoménales de 2019 ni les coûts liés aux dégâts causés par l’ouragan Dorian. Puisque la taxe sur le carbone peut diminuer la fréquence de ces dégâts (en diminuant la pollution à l’origine des conditions météorologiques extrêmes) et qu’elle diminue les problèmes de santé liés à la pollution, elle peut alléger le fardeau fiscal.

Le lien entre le changement climatique et la santé est clair.

Dans son rapport La santé climatique pour des Néo-Brunswickois en santé publié en juin 2019, Dre Louise Comeau présente une première analyse globale des répercussions du changement climatique sur la santé physique et mentale des Néo-Brunswickois, plus particulièrement des personnes très pauvres, des très jeunes enfants, des aînés, des personnes isolées et des personnes à faible revenu. Les prévisions quant aux problèmes de santé liés au changement climatique sont sombres. Mais il y a de l’espoir. Des mesures concrètes pour diminuer la pollution et changer le cours des choses sont présentées dans le rapport.

La lutte contre le changement climatique est la responsabilité de tous et de chacun. Il appartient au gouvernement provincial d’aider les Néo-Brunswickois à contribuer à cette lutte. À cet égard, nous exhortons le gouvernement Higgs à mettre en œuvre le plan d’action global sur le climat du Nouveau-Brunswick assorti d’un système de tarification du carbone.
Les raisons présentées dans votre lettre ne peuvent justifier votre refus d’une taxe sur le carbone. Selon nous, cette taxe est effectivement un investissement en santé publique.

Odette Landry
Membre du conseil d’administration
Groupe de développement durable du Pays de Cocagne