«En français, s’il vous plait»

Le réveil a sonné sur un matin de grisaille en ce beau mercredi de septembre et le café chatouillait mes narines de son bouquet vivifiant. En ouvrant l’édition de l’Acadie Nouvelle, quelle ne fut pas ma surprise de me faire mordre la main par la chronique de notre Madawaskayen en exil, Rino Morin Rossignol.

En effet, en désirant exprimer un malaise sociétal, cet observateur, bien à l’abri en haut de son royal Plateau à Montréal, a blessé par la bande le pourvoyeur de son pain quotidien.

Le ministère de l’Éducation du Nouveau-Brunswick est, bon an mal an, un partenaire majeur de l’Acadie Nouvelle, ce quotidien indépendant qui trône en bonne place en salle de classe depuis maintenant 35 ans. La Cité des Jeunes A.-M.-Sormany, dont je suis le directeur, n’y fait pas exception. Les élèves de la 9e à la 12e année qui la fréquentent ont la chance d’y lire la prose de journalistes, éditeurs et chroniqueurs depuis fort longtemps.

Pour répondre à votre question, M. Morin Rossignol, l’équipe qui travaille au projet de construction identitaire de ces citoyens en devenir, les jeunes qui fréquentent la Cité des Jeunes A.-M.-Sormany, est bel et bien au poste et veille au grain. Notre travail n’est pas parfait, mais nous cherchons continuellement à améliorer notre façon de faire afin de réussir notre mission. Vivre en français n’est pas facile en Amérique du Nord. Ce l’est encore moins en Acadie. Il est évident que notre société vit un malaise auquel même la grande Montréal est soumise à un tel point qu’il est souvent difficile de s’y faire servir dans la langue de Molière. L’anglais nous envahit dans une osmose d’autant plus choquante qu’elle semble inexorable.

Le ministère de l’Éducation cherche à former des citoyens qui participent à l’édification de la Cité. Il reste, cependant, que les choix dudit citoyen demeurent les siens une fois qu’il quitté les murs de l’établissement scolaire qu’il fréquente. C’est pourquoi la Cité des Jeunes A.-M.-Sormany, le district scolaire, les enseignantes et enseignants n’y peuvent rien quand un locataire de la Salle Léo-Poulin organise un événement qui sort du cadre scolaire. Que ce locataire, tout comme les organismes qui planifient d’autres événements dans nos communautés acadiennes, choisisse de baptiser sa manifestation culturelle d’une appellation qui tient plus de la langue de Shakespeare que de celle de Molière, nous n’y pouvons rien.

Je comprends, M. Morin-Rossignol, qu’il existe un malaise au sein de notre société acadienne.

Par contre, avant de mettre le feu au bâtiment, il faut prendre la peine de récupérer ce qui peut l’être. Il faut observer consciencieusement l’état des lieux. Il faut se renseigner!

Votre plume peut être incisive, M. le chroniqueur, parfois à tort. À bon entendeur, salut!

Bertin Lang
Directeur, Cité des Jeunes A.-M.-Sormany
Edmundston