Nous détestons les impôts, mais nous aimons les services

Pourvu que tous paient leur juste part, vive les taxes et les impôts ainsi que les services qu’ils nous permettent.

Un jour, j’ai subi un décollement-déchirement de la rétine. Vite, un traitement au laser, le lendemain, m’a permis d’éviter de perdre mon œil. Je n’ai eu rien à payer. C’est que moi et mes concitoyens avions déjà payé ce traitement avec nos impôts.

Imaginez la situation fréquente dans un pays qui n’est pas très loin, où un citoyen dans les mêmes circonstances perd son œil en quelques jours ou quelques semaines par manque d’accès, où l’autre qu’on laisse mourir à 40 ans d’une crise cardiaque sans soins.

Nous détestons les impôts, mais nous aimons les services. Quand vous entendez quelqu’un préconiser de diminuer les taxes, vous est-il arrivé de vous demander comment vous réagiriez si cette personne disait la vérité en utilisant le mot services» au lieu du mot «taxes»?

Diminuer les services c’est, par exemple, laisser les infrastructures se dégrader, congédier des infirmières et des enseignants et cesser de veiller à la qualité de l’eau (comme cela s’est produit à Walkerton en Ontario sous le gouvernement Harris: 2300 victimes, 7 morts)!

Quand les taxes et les impôts ont été inventés, il s’agissait principalement d’un prélèvement de richesse au profit du vainqueur d’une guerre.

On ne taxait pas pour pouvoir rendre des services. Si vous n’aimez pas les taxes gouvernementales, pensez aux taxes de certaines entreprises en quasi monopole qui, trop souvent, profitent de leur situation pour imposer des prix excessifs. C’est aussi de l’argent qui sort de vos poches sans que vous en ayez pour votre argent. C’est une taxe à l’ancienne.

Présentement, nos impôts et nos taxes, nous nous les imposons à nous-mêmes par NOTRE gouvernement; nous les payons à nous-mêmes; nous nous achetons des services, des routes, des écoles, des universités, des aqueducs, des ponts. Nous nous achetons collectivement des biens que nous ne saurions pas nous payer individuellement à un prix accessible.

Est-ce que nos fonctionnaires et nos employés publics sont inefficaces et devrait-on leur couper les vivres ou les congédier afin de pouvoir diminuer les taxes?

Au Canada, notre fonction publique n’est pas parfaite, mais selon ce que je lis et constate, elle est dévouée et compétente. Elle se compare avantageusement avec d’autres pays. C’est une richesse nationale.

Oui, vous entendez parfois parler d’une infirmière, d’un médecin, d’un policier, d’un enseignant ou d’un juge qui a failli à sa tâche. Cela arrive et arrivera. Il ne faut cependant pas généraliser et conclure, comme le font certains politiciens ou certains intervenants sur les médias sociaux, que tout est pourri dans la sphère publique et qu’on devrait réduire la taille du gouvernement.

La très grande majorité des gens qui nous servent dans le secteur public le font avec beaucoup de dévouement et de compétence.

Je me trouve chanceux de vivre dans une telle société et je dois me le rappeler quand je paierai mes impôts et mes taxes.

Quand un service devient débordé, comme c’est présentement le cas dans les foyers de soins, le bon sens n’est pas de baisser les taxes et de négliger les ressources comme première solution.

Au lieu de promettre indirectement de diminuer les services publics sans le dire clairement, on devrait promettre de faire en sorte que tous paient leur juste part et dire comment on va le faire.

Le vrai problème est là!

Daniel Beaudry
Moncton