La réduction de l’aide internationale proposée par le Parti conservateur

L’annonce du chef du Parti conservateur de réduire de 25% l’aide internationale que le Canada consacre aux pays pauvres est mesquine et populiste. Elle n’est même pas à l’avantage du Canada et des Canadiens.

Elle est mesquine puisqu’elle éliminera de la liste des pays éligibles des pays fragiles où les niveaux de pauvreté sont très élevés.

Il ne faut jamais oublier que l’aide est destinée à des populations très défavorisées et pas nécessairement aux gouvernements de ces pays.

Une bonne partie de l’aide du Canada aux pays en voie de développement passe par des organismes des Nations Unies, tels que l’UNICEF qui concentre ses interventions sur les enfants les plus démunis de la planète.

Beaucoup d’enfants et de familles dont les revenus sont inférieurs à 2$ par jour souffriront âprement de la réduction annoncée par le Parti conservateur.

Il faut se rendre compte que de vivre avec moins de 2$ par jour signifie que l’on est au niveau de la survie. Cela signifie que quand on se lève le matin, on ne sait pas ce que l’on mangera le soir. On ne peut faire face à aucun imprévu et on est à risque de mourir en cas de crise alimentaire.

Augmenter l’aide dans les 60 pays les plus démunis, c’est bien, mais il ne faut pas croire que les pays qui seront exclus de l’aide n’ont pas de populations très dépourvues, qui ont un très grand besoin de la solidarité internationale.

Elle est populiste, car elle laisse entendre que plusieurs pays, comme l’Italie ou le Brésil, n’ont pas besoin de notre aide internationale. Quand on sait par exemple que l’aide à l’Italie a été versée à la suite d’un tremblement de terre meurtrier. L’Italie n’est pas éligible à l’aide publique au développement!

Elle est populiste en disant que l’argent économisé servira à financer des programmes publics canadiens. On utilise de gros chiffres en parlant des 6 milliards $ consacrés à l’aide internationale et de réductions de 1,5 milliard $ qui reviendront aux Canadiens et aux Canadiennes.

Sommes-nous conscients que le budget de 6 milliards ne représente que 0,28 de 1% de notre produit national brut?

À la fin des années 1970, on versait 0,70 de 1% du PNB. Notre pays est beaucoup moins généreux en 2019 qu’il ne l’était en 1979…

Si, pour faire comprendre ces proportions, on disait que l’ensemble de notre PNB est de 100$, notre contribution à l’aide internationale serait de 28 sous. N’avons-nous pas les moyens de fournir une telle somme pour l’effort international des pays les plus riches en faveur des populations des pays les plus pauvres?

C’est populiste de laisser entendre que le Canada n’a pas les moyens de payer cette aide internationale et c’est populiste de faire croire que les montants redirigés vers les programmes canadiens mettront beaucoup d’argent dans nos poches.

Elle n’est pas à l’avantage du Canada puisque notre réputation internationale de pays progressiste et généreux en souffrira. Le Canada et les Canadiens tirent beaucoup d’avantages de notre bonne réputation. Les gens qui voyagent à l’étranger avec un passeport canadien sont les premiers à le constater.

Il faut aussi mentionner, pour ne parler que d’une situation relative aux populations migrantes qui viennent des pays pauvres, soit d’Afrique ou d’Amérique latine et qui tentent d’entrer dans les pays riches, comme l’Amérique ou l’Europe, que c’est à notre avantage d’aider les gens de ces pays pauvres à mieux vivre dans leur pays plutôt que de tenter de fuir et d’arriver comme réfugiés. La solidarité internationale est à notre avantage!

Jean-Bernard Robichaud, Ph D
Pointe-Alexandre