Des félicitations ou des excuses Mme Bombardier?

Ah Denise! Ah Denise! Encore une controverse à la suite de votre passage à Tout le monde en parle. J’étais d’accord sur certains points avec vous, dont sur le fait que le fait français est en perte de vitesse hors Québec et même ici au Québec. Cependant, lorsque vous avez dit: «Eh bien, c’est bien dommage pour elle, et c’est… Il n’y a pas d’avenir pour elle en français. Qu’elle parle toute de suite en anglais, voyez-vous!» Je me suis mis en colère face à votre commentaire plus que déplacé.

Comment osez-vous parler de la sorte, alors que vous dites vouloir que les francophones hors Québec aient les mêmes protections que les anglophones du Québec? Serait-ce une déformation que vous avez acquise lors de votre formation au doctorat en sociologie en France? Je pense que oui, car le discours que vous avez au sujet des francophones est le même que certains Français ayant déménagé au Canada ont encore, car les Français qui s’intègrent bien n’ont pas ce type de discours.

Je peux me permettre de le dire, car je suis un francophone originaire du Nouveau-Brunswick qui habite au Québec pour y étudier depuis plusieurs années, et ce, dans différentes régions de la province. De même ayant étudié à l’université de Moncton au Nouveau-Brunswick, à l’université Laurentienne en Ontario et dans quelques universités québécoises, je suis en mesure de voir et de comprendre la réalité vécue par les différents francophones du pays. De surcroît, je suis un boursier de la Fondation Baxter & Alma Ricard, deux fervents défenseurs de l’éducation francophone à tous les niveaux d’étude, non seulement en Ontario, leur terre d’origine, mais partout dans la francophonie canadienne.

Je ne peux pas endosser – comme étudiant à la maîtrise en service social à l’Université Laval et futur travailleur social – le fait que vous discriminez et stigmatisez de la sorte les francophones d’un océan à l’autre. Vous devriez comprendre, comme intellectuelle, qu’il existe de nombreux régionalismes et qu’il existe un français à l’oral et à l’écrit.

Je suis d’avis que le fait français au Canada n’est pas à son meilleur. Alors, au lieu de toujours critiquer, il serait temps pour vous de donner des pistes de solution. En voici quelques-unes pour alimenter votre réflexion, qui semble restée figée dans un seul angle d’observation.

Dans chacune des provinces canadiennes, il devrait y avoir au moins une université consacrée aux francophones uniquement. Il faut accepter les anglophones qui veulent apprendre le français comme des défenseurs et des amis des francophones canadiens, ce que vous ne semblez pas du tout endosser. Il faut développer davantage l’éducation de qualité du français dans les communautés anglophones afin que les gens deviennent bilingues réellement et vice versa dans les communautés francophones, partout au pays, pour qu’ils apprennent à bien parler l’anglais.

Pourquoi ce ne serait pas possible alors que dans certaines régions du monde les gens maîtrisent bien deux voire trois langues tant à l’oral qu’à l’écrit ce qui les favorise au plan économique, car ils peuvent dialoguer avec plus de gens aisément? Étant donné que vous aimez corriger les gens comme vous l’avez fait dans le documentaire Denise au pays des Francos, je me permets de vous corriger. Il n’est pas vrai qu’en Acadie, il y a seulement dans la péninsule Acadienne qu’on ne se bat pas chaque jour. En 2008, lorsque le gouvernement de Shawn Graham voulait transformer les campus de l’Université de Moncton dans le nord du Nouveau-Brunswick en polytechnique, une levée de boucliers s’est fait sentir avec de nombreuses manifestations, tant dans la Péninsule acadienne que dans le nord-ouest du Nouveau-Brunswick, à Edmundston.

Je me rappelle à ce moment je travaillais à l’entretien ménager au Carrefour Assomption, à Edmundston, lieu, où il y avait eu une manifestation lors du passage du premier ministre du Nouveau-Brunswick. J’avais donné la main à Shawn Graham avec des mains toutes sales de café, car je travaillais et j’en étais fier à l’époque, en raison de mon jeune âge. Or, aujourd’hui je ne suis plus fier de l’avoir fait. C’est un peu ce que vous avez fait à Tout le monde en parle en allant souiller le combat d’hommes et de femmes fiers de leurs racines au lieu de travailler dans le même sens que nous les francophones hors Québec. Vous avez certes parlé des réalités linguistiques dans votre documentaire.

Or, les réalités francophones sont multifactorielles. Nous avons mené des combats quotidiens, comme pour dénoncer que nous avions de moins bons équipements de santé dans le nord du Nouveau-Brunswick. Donc, on s’est battu pour avoir le même niveau de qualité de services de santé que dans le sud de la province. Il aurait été intéressant que vous abordiez tous les aspects de la réalité des francophones hors Québec. Cependant, il aurait fallu que votre documentaire soit plus long que 52 minutes.

Je ne suis pas en colère contre vous, mais déçu que votre passage à Tout le monde en parle ait encore suscité ce genre de controverse, car le documentaire Denise au pays des Francos dépeint une triste réalité qui se rapproche sur plusieurs points de la réalité. Ce genre de documentaire est foncièrement bon pour la francophonie canadienne, car il permet de sensibiliser les Québécois à notre triste réalité et pour ça je vous en remercie.

Or, votre franc-parler vous a encore joué des tours à Tout le monde en parle et je pense que vous devriez vous excuser envers l’ensemble des francophones du pays pour vos propos parce que ce n’est pas vrai qu’on va se taire parce qu’on utilise des régionalismes ou des anglicismes et qu’on va se mettre à seulement parler ou écrire en anglais.

Mme Bombardier, en vous arrêtant sur notre manière de parler, en nous corrigeant et en disant que notre français est «inaudible», vous rendez vain tous les efforts que les francophones hors Québec font pour préserver leur langue et leurs services.

Jessy Couturier
Acadien de type Brayon originaire d’Edmundston
Étudiant à la maîtrise en service social à l’Université Laval
Boursier Baxter & Alma Ricard