La politisation à outrance de la question éducative

À l’ère où tout ce qui est vert suscite beaucoup d’intérêts au sein de la population, encline à verdir à tout prix la planète, le qualificatif «vert» du livre de notre ministre de l’Éducation laisse certains Néo-Brunswickois pantois, voire indignés. La sortie du « livre vert » du ministre, censée être un recueil de doléances et de suggestions des professionnels novateurs du milieu scolaire, n’a pas produit l’effet qu’il aurait souhaité.

C’est fort possible que le ministre ait écouté une certaine frange de professionnels ou d’experts inconnus par les autres. L’accueil peu enthousiaste d’une énième proposition d’approches ou de changements est, reconnaissons-le, du déjà-vu. On aime tellement le changement, qu’on en fait un objectif au lieu d’un moyen pour s’améliorer. La question qu’on est en droit de se poser est la suivante: les objectifs en éducation évoluent-ils si vite pour qu’on soit obligé d’inventer constamment de nouvelles approches appropriées pour leur évolution?

Tout évolue et personne ne le nie. Cependant, je doute fort qu’une approche puisse subitement devenir obsolète à l’arrivée d’un parti politique au pouvoir. La politisation à outrance de la question éducative pourrait certainement être la cause de cette instabilité quasi quotidienne qu’on vit dans le secteur de l’éducation.

Certes, il n’est pas question de séparer l’éducation de la politique. Ce serait d’ailleurs anachronique, car la forme de l’éducation que l’on adopte est un geste politique. On ne va pas éduquer nos enfants au Canada, un pays capitaliste, de la même manière qu’on éduque ceux en Chine. Le mal dont souffrirait notre système éducatif, c’est celui d’en faire un enjeu des partis politiques dont l’ascension au pouvoir provoque souvent un changement d’approche. On a tendance à citer certains pays, dont la Finlande, comme étant un bel exemple de système à suivre. Cependant, on oublie que ce qui fait le succès de ce pays, c’est sa stabilité avec l’approche qu’il a adoptée en 1978.

Les approches successives préconisées par chacun des partis politiques au pouvoir ne sont pas mauvaises en soi. Tâchons d’en retenir les plus gagnantes, et ce, en adéquation avec notre société inclusive, tout en permettant aux professionnels novateurs du système de les apprivoiser avec le temps.

Jean Codjo
Moncton