Pensons ensemble le devenir de l’Université de Moncton

Il faut jeter un regard sur l’histoire de l’Université de Moncton pour réaliser à quel point elle est en constante évolution. Sa carte actuelle des programmes a peu à voir avec celle de ses débuts. Sa population étudiante de 2019, grandement diversifiée et désormais internationale, peut difficilement se comparer à la population étudiante largement acadienne et masculine des années 1960 et 1970. D’une institution principalement de formation, elle a intégré, au fil du temps, une composante axée sur la recherche nettement plus importante.

De la même manière que d’autres institutions, le monde universitaire a ses modes d’opérations qui répondent à une logique qui est la sienne. C’est sans doute la raison pour laquelle les universités font l’objet de critiques parfois très sévères, notamment en ce qui a trait à son apparente immobilité devant le changement. À une époque caractérisée de plus en plus par l’instantanéité, la vitesse universitaire détonne.

Plusieurs affirment que l’Université de Moncton figure parmi les institutions les plus importantes pour l’Acadie et le Nouveau-Brunswick. Mais pourquoi une société, comme la société acadienne, veut-elle une université? Qu’est-ce que cette institution lui apporte qu’aucune autre organisation ne peut lui apporter?

L’Université de Moncton, comme toutes les universités, a le défaut de ses qualités. Elle est un lieu d’ouverture sur tout ce qui concerne le vécu de l’être humain et son environnement. De l’étude de la nature à la gestion des organisations en passant par la production artistique et la recherche sur les abeilles, une université est à la fois un lieu d’enseignement et de production des savoirs. En ce sens, les attentes qu’une société peut avoir envers ses universités sont énormes.

Nous aimons nos universités. Nous n’aimons pas qu’elles nous déçoivent. Nous aimons quand elles sont à la hauteur. Nous n’aimons pas quand elles se contredisent. C’est pourtant à cette pression qu’une université carbure. La remise en question, qu’elle provienne de l’intérieur ou de l’extérieur, pousse les universitaires à être sur leurs gardes et à viser l’amélioration.

Une université est un lieu de débat. Mais contrairement aux débats que l’on voit à la télévision, le débat universitaire ne cherche pas à déterminer un vainqueur. Le débat universitaire est plutôt une adhésion à un dialogue en quête de sens, une enquête qui ne s’arrête qu’une fois que le tour de la question a été fait. Bien sûr, ce n’est pas toujours ainsi que les décisions sont prises, mais c’est à cela que le débat universitaire aspire.

Mais les débats prennent du temps. La formation d’esprits libres prend du temps. La production des savoirs aussi prend du temps. Dans les deux cas, ça prend le temps que ça prend même si les exigences de la société actuelle tendent plutôt vers la rapidité et l’instantané. Au fond, la formation et la recherche universitaire ont pour point de départ une remise en question des croyances et des certitudes. Et, ce questionnement sans réelle fin est cependant nécessaire pour une société qui souhaite avancer, se renouveler et se réinventer.

La mission de l’Université de Moncton ressemble sans doute à celle de toutes les universités libres et autonomes : 1) fournir des programmes de formation dans tous les domaines dont la société qu’elle dessert à besoin et 2) contribuer à l’avancement des connaissances afin de 3) favoriser le développement et l’épanouissement des individus et de la société.

Une université doit se situer au point d’équilibre entre l’avancement de la connaissance – tant pour ses programmes d’études que pour ses projets de recherche – et les besoins de la société et des individus. Cependant, au risque de se voir accuser d’être une tour d’ivoire, une université ne peut pas se soumettre aux désirs de groupes d’intérêts. L’université est un lieu de production et elle perdrait sa pertinence si elle devait devenir un lieu strictement de reproduction sociale.

Cet esprit particulier des universités perdure depuis des siècles même si elles ne ressemblent plus à ce qu’elles étaient à leurs débuts. Irrémédiablement de leur temps, les universités ont contribué et contribuent encore à l’avancement libre des sociétés partout à travers le monde. En fait, il n’est pas rare d’observer le musèlement des universitaires dans certains pays où s’installe un régime dictatorial et totalitaire.

Nous sommes confrontés à des enjeux liés à la protection de l’environnement, d’équité, de réparation des torts causés aux premières nations, de migration des populations, de justice sociale, de partage des richesses… Ces défis ébranlent notre confiance en l’avenir. Nous sommes interpellés par des jeunes comme Greta Thunberg ou Malala Yousafzai qui nous exhorte de faire confiance à ce que nous révèle la science.

À l’horizon de sa sixième décennie, qu’est-ce qui attend l’Université de Moncton? Comment pourra-t-elle, par le biais de ses trois campus, accompagner les changements à venir de la société acadienne et néo-brunswickoise, d’une part, et des changements à l’échelle mondiale d’autre part? Comment pourra-t-elle remplir sa mission alors qu’un financement public suffisant est encore une fois incertain? Comment pourra-t-elle demeurer accessible à la jeunesse acadienne quand on sait que la population étudiante du Nouveau-Brunswick est parmi la plus endettée au pays? Comment pourra-t-elle changer sans sacrifier son autonomie et sa liberté d’esprit?

L’Association des bibliothécaires, des professeures et professeurs de l’Université de Moncton (ABPPUM) organise ce mercredi 16 octobre le Forum de réflexion sur l’Université : savoirs, citoyenneté, rayonnement. Ce forum se veut l’occasion pour la communauté universitaire de réfléchir d’abord à ce qu’est devenue l’Université de Moncton et ce qui l’attend. Le Forum propose aussi d’étendre, dès 16h30, cette réflexion avec l’ensemble de la communauté lors d’un événement public qui se tiendra à la salle Neil-Michaud.

Lève-toi, rayonne! Telle est la devise de l’Université de Moncton. L’ABPPUM souhaite que ce Forum soit l’occasion de garder la flamme du dialogue bien allumée afin qu’ensemble nous puissions permettre à notre jeunesse, à notre Acadie, à notre province de relever avec confiance les défis présents et à venir.

Mathieu Lang
Président de l’Association des bibliothécaires,
des professeures et professeurs de l’Université de Moncton