Le sort du parc Mont Carleton est entre les mains du gouvernement

Robert Gauvin, ministre du Tourisme, et Jeff Carr, ministre de l’Environnement, au moment même où de grands rassemblements avaient lieu à l’échelle planétaire pour exhorter les dirigeants à prendre position pour l’environnement, les médias rapportaient qu’ici, au Nouveau-Brunswick, le groupe qui avait demandé au tribunal de procéder à une révision judiciaire de la décision du gouvernement d’aménager des pistes pour motoneiges et un centre de services avec pompes à essence dans le parc provincial Mont Carleton avait été débouté.

Le juge a décrété que ce groupe n’avait pas qualité pour présenter sa cause. Si je comprends bien, cela veut dire que ces gens bienveillants n’avaient tout simplement pas le droit de représenter les intérêts qu’ils défendaient: ceux des Autochtones et du public.

Soit. Mais cela ne veut pas dire que ce groupe n’avait pas raison de s’opposer au projet du gouvernement. Cela ne veut pas dire non plus que sa démarche n’était pas justifiable et justifiée. Cela ne veut pas dire que ses préoccupations n’étaient pas légitimes.

Et le fait que la demande n’ait pas été entendue ne fait pas d’un projet pollueur et destructeur un projet vert et recommandable pour autant.

Un gouvernement antérieur a eu l’idée, pour mousser l’économie de la province, de développer le secteur du tourisme d’hiver. Et pour ce faire, on a pensé à rien de moins que d’offrir aux adeptes de motoneige l’exotisme d’un parc provincial, celui du mont Carleton, avec sa beauté intacte protégée par une loi.

Et ainsi naissait le projet d’aménager des centaines de kilomètres de pistes à travers le parc et autour du parc pour que les adeptes de motoneige et autres véhicules roulant au combustible fossile puissent y pratiquer allègrement leurs activités.

Même si peu d’années se sont écoulées depuis que ce projet a pris naissance, il est d’une autre époque, d’une époque révolue où ce genre de projet était bien accueilli et suscitait enthousiasme et applaudissements.

Depuis, nous avons commencé à assister, impuissants, aux nombreuses manifestations du climat qui se dérègle et s’emballe à cause de nos actions humaines inconscientes et irresponsables, ainsi que de notre indifférence.

De plus en plus, nous en subissons les effets catastrophiques et, selon les scientifiques, ce n’est que le début.

Nous ne pouvons plus ignorer les conséquences désastreuses que nos décisions et de nos actions inappropriées, si minimes et négligeables semblent-elles être, ont sur notre planète.

Notre esprit critique s’est du même coup affiné et nous ne pouvons plus fermer les yeux devant la destruction et la pollution organisée.

Individuellement et comme société, nous devons changer notre manière de penser et nos actions doivent être imprégnées d’une grande conscience environnementale.

Cette décision récente du tribunal sonne le glas pour le parc Mont Carleton tel que nous le connaissions, avec ses grands espaces non défigurés par l’activité humaine, sa tranquillité, sa nature comprenant entre autres une faune et une flore qui dépendent de cet environnement pour leur subsistance et leur survie.

Plus aucune restriction n’empêche le gouvernement d’aller de l’avant pour transformer le parc en terrain de jeu pour adeptes de motoneige et autres, et d’y installer des pompes à essence, service oblige. Les préparatifs qui se faisaient jusqu’à maintenant en sourdine peuvent désormais se faire librement, ouvertement, en toute légalité, avec tambour et trompette même.

Le sort du parc Mont Carleton est entre les mains du gouvernement; son avenir n’en tient qu’à lui. Alors quelles sont les intentions de ce gouvernement pour la suite du projet? Il a maintenant le droit d’aller de l’avant avec ce projet rétrograde qui va à l’encontre de la raison d’être même d’un parc provincial et de faire fi des lois et règlements qui devaient le protéger. Il peut maintenant en toute liberté menacer son équilibre naturel, l’aménager comme bon lui semble, perturber ses habitats, le détruire en toute impunité. Il peut le faire, mais est-ce que c’est ce qu’il veut?

Ce moment serait aussi propice à une remise en question. Est-ce qu’il serait correct et sensé, à la lumière des changements qui ont eu lieu au cours des dernières années, de promouvoir et d’encourager des activités qui contribuent à la pollution atmosphérique par les émissions de gaz à effets de serre et le bruit qu’elles génèrent, par la destruction de la nature dont nous avons plus que jamais besoin?

Rien ne peut plus être fait pour les dommages, irréversibles, qui ont déjà été causés à l’environnement original du parc. Ce qui a été abimé et détruit l’est à tout jamais et ne pourra jamais retourner à son état premier malgré tous les efforts de l’homme. Mais pour la nature intacte qui n’a pas encore été saccagée, il n’est pas trop tard.

À condition que le gouvernement reconnaisse que ce projet ne cadre pas avec les valeurs actuelles et ait la sagesse et le courage d’y mettre fin, pour la sauvegarde de notre patrimoine naturel à tous.

Non pas parce qu’un tribunal l’y oblige, mais parce que moralement, en toute bonne conscience, c’est la chose à faire.

Élisabeth Lépine
New Maryland