Et si on disait INFO-COM?

(En conversation avec M. Michel Couthures)

Au sens strict, l’information est un contenu. La communication est une interaction. La première met en jeu et en forme des données et des faits. La seconde actionne des techniques pour véhiculer des contenus de diverses natures. Les origines latines des deux concepts l’attestent.

Informer, de informare: mettre en forme. Communiquer, de communicare: mettre en commun. Les Programmes d’information-communication de l’Université de Moncton distinguent ces deux sphères, tout en reconnaissant leur complémentarité.

L’information renvoie souvent aux médias qui diffusent des faits vérifiés. Ils s’appuient sur une démarche objective de collecte. La cueillette, le traitement et la diffusion des faits vers un public a fait sourdre un métier, le journalisme, dont l’essence consiste, pour reprendre Kovach et Rosenstiel, à «apporter aux citoyens l’information dont ils ont besoin pour vivre libres et autonomes».

La communication, quant à elle, a légitimé le développement des postures et des techniques (relations publiques, publicité, lobbying, etc.) par lesquelles on fait valoir la mécanique des interactions humaines.

Dans ces conditions, les métiers du journalisme et de la communication sont et demeurent, évidemment, inconciliables. Si le journaliste doit sa loyauté au public, le relationniste, pour sa part, exécute son travail en prenant appui sur la vérité.

Dans les Programmes d’information-communication de l’Université de Moncton, il n’y a aucune hésitation là-dessus. La formation d’un journaliste diffère clairement de celle d’un relationniste. Nos deux parcours le certifient. Nos deux mineures (en journalisme et en relations publiques) le réaffirment.

Pour autant, ce serait une erreur d’oublier que certains métiers de la communication conservent une stricte neutralité. L’information documentaire par exemple.

Toutefois, si le journalisme et la «communication» divergent fondamentalement, les puristes ont raison là-dessus, ils participent néanmoins tous les deux de la communication sociale, et tous les deux s’analysent par le biais des sciences de la communication. Ce n’est donc pas sans raison que les universités, au Canada et dans le monde entier, intègrent encore des départements ou des écoles de communication dont une des filières peut être le journalisme. L’enseignement pour ces deux disciplines se déroule dans une nette séparation de l’éthique et de la déontologie de l’un et des autres.

Il convient cependant de se souvenir à tout instant que l’information n’induit pas inéluctablement la «bonne information».

À moins d’être dupe, une hygiène mentale honnête nous impose de savoir que toute information comporte, infailliblement, une part d’expression et une part de pression et que, lorsque l’information circule à travers des systèmes de manipulation, elle devient dangereuse et nuit au citoyen.

Gervais Mbarga, Ph. D.
Directeur des Programmes d’information-communication
Université de Moncton