La détresse des élèves: problème d’hygiène de vie

L’hygiène, ce n’est pas seulement de voir à la propreté de son corps et de ce qu’on mange. L’hygiène est l’ensemble des pratiques qui visent à préserver et à améliorer la santé: manger, bouger, dormir, aimer et vivre en sécurité.

Dans l’édition de l’Acadie Nouvelle de samedi 12 octobre, le texte de Allison Roy sur la détresse des jeunes décrit une réalité qui me préoccupe beaucoup. Elle voit de plus en plus d’enfants en détresse psychologique. Elle mentionne les cellulaires et le manque de professionnels, psychologues et autres.

Une détresse peut être causée par une ou des menaces à l’intégrité personnelle venues de l’extérieure.

La détresse peut aussi venir de l’intérieur de la personne, de la mauvaise qualité de santé. Il y a certes des cas de maladie mentale importante, mais un mauvais état de santé est la cause la plus fréquente de sentiment d’anxiété ou de détresse. Le fait que les enfants ont la peau lisse et rose et qu’ils semblent avoir de l’énergie peut nous empêcher de voir une relative mauvaise santé.

ant de penser à avoir recours à un psychologue, à un psychiatre ou à des médicaments, il faut s’assurer qu’on a corrigé les problèmes d’hygiène de vie. Voici les choses les plus importantes:

1. Le sommeil. Les jeunes ont besoin de 9 à 11 heures de sommeil par jour selon l’âge. Il faut éviter les interruptions de sommeil par le bruit, la lumière et les appareils électroniques.

2. L’alimentation: Il faut assurer une alimentation équilibrée (voir le nouveau guide alimentaire canadien) et éviter les eaux gazeuses sucrées et les aliments transformés souvent trop sucrés, trop salés et appauvris en nutriments.

3. L’exercice: Une heure par jour d’exercice dans un contexte de jeu est très efficace pour contrer l’anxiété et réduire le risque d’obésité avec toutes les calamités que l’obésité entraîne pour toute la vie.

4. Hygiène affective: Des interactions sociales directes et positives, particulièrement au sein de la famille. Bénéficier de l’attention individualisée de la part des parents et autres adultes ajoute beaucoup à la sécurité des enfants.
Bref, bien dormir, bien manger, bien bouger et bien aimer.

Mes suggestions:

1. Sommeil: Les cellulaires devraient être fermés et dans certains cas si nécessaire, même sous clefs la nuit, c’est-à-dire à partir d’une heure avant l’heure du coucher. Le bruit et la lumière nuisent à la qualité du sommeil. Il faut avoir un horaire de sommeil aussi fixe que possible incluant les fins de semaine. Ainsi l’élève sera plus efficace en classe, n’aura pas besoin de veiller tard pour ses travaux et ses examens et surtout, en plus de mieux réussir, il sera plus résilient face aux stress extérieurs.

2. Alimentation: Il faut s’assurer que l’école n’offre pas, ni à la cafétéria ni dans les machines distributrices, des aliments contraires au nouveau guide alimentaire canadien (un excellent document qui doit faire la fierté des Canadiens). Il faut aussi s’assurer que le curriculum inclut chaque années plusieurs périodes d’éducation en nutrition avec, autant que possible, des travaux pratiques en cuisine. C’est aussi important que l’éducation sexuelle et les autres matières. Je suggère aussi un effort public important, gouvernemental et citoyen, pour promouvoir l’hygiène alimentaire tant au niveau des connaissances que de l’accessibilité de magasins d’alimentation dignes de ce nom.

3. Exercice: On assume à tort qu’il est productif de garder assis pendant de longues périodes des enfants qui n’ont pas bougé. Raccourcir le scolaire en allongeant l’exercice et le jeu peut être beaucoup plus efficace que l’inverse. Beaucoup d’expériences le montrent. (Je ne peux malheureusement pas citer ce que j’ai lu il y a longtemps sur ce sujet; le collège Notre-Dame appliquait cette stratégie avec succès il y a plus de 40 ans)

4. Hygiène affective: Les enfants ont besoin d’adultes bien présents, parents ou autres, qui prennent le temps de les accompagner individuellement.

Quand le soleil arrive au printemps, il faut sortir les chapeaux et les écrans solaires. Cela fait partie de l’hygiène de se protéger.

Dans nos écoles, un nouveau soleil brûlant est apparu, c’est l’internet et les cellulaires qui envahissent la vie des élèves et aussi la vie des parents et changent les rapports sociaux. Les élèves sont continuellement distraits et nous, leurs parents, sommes distraits, parfois au volant et souvent en présence de nos enfants. C’est un peu comme l’urgence climatique. On ne peut pas simplement continuer comme avant en croyant que tout va s’arranger tout seul. Il y a un effort de guerre à faire. Il ne s’agit pas de se sentir coupable, mais d’agir. Il faut s’arrêter, réfléchir et inventer tous ensemble les nouvelles actions pour sauvegarder notre santé, notre avenir et celui de nos enfants.

M. le ministre de l’Éducation, il y a maintenant urgence pour vous et pour nous tous.

Il faut vraiment repenser l’hygiène.

Daniel Beaudry
Médecin à la retraite
Moncton