Le pouvoir de gouverner

«Les libéraux sont reportés au pouvoir pour un autre mandat», entend-on de part et d’autre depuis le 22 octobre. Mais quelque chose cloche dans cet énoncé.

Depuis toujours, on a entretenu le concept qu’à l’issue d’élections, seul le parti ayant réussi à faire élire le plus grand nombre de candidats détient le pouvoir de gouverner, d’où l’impression erronée d’un grand nombre d’électeurs d’avoir «perdu leur vote» et leur crainte d’être laissés pour compte.

À mon avis, il s’agit là d’une fausse conception de notre démocratie et du mandat de gouvernance qui incombe à toutes les candidates et tous les candidats élus, peu importe leur parti d’adhésion.

Sinon, à quoi serviraient les députés dans l’opposition autre qu’à réchauffer les bancs?

Que le privilège de nommer les têtes dirigeantes des divers ministères revienne au parti qui compte le plus grand nombre d’élus, cela s’entend. Mais de là à affirmer que c’est ce dernier qui forme le prochain gouvernement, c’est, à mon avis, entretenir et transmettre une fausse conception de notre système parlementaire. En fait, tous les députés élus forment le gouvernement et chacun détient le pouvoir de participer à la gouvernance, un mandat qui lui fut conféré par l’ensemble des électeurs du pays ou de la province, selon le cas.

Si chaque député des partis de l’opposition entretenait une perception juste de son rôle et de son pouvoir à la Chambre des communes, sans doute déploierait-il encore plus d’énergie et d’ingéniosité à faire avancer les dossiers à l’étude afin de se montrer redevable à ses commettants. Et les travaux à la Chambre s’en trouveraient significativement bonifiés à l’avantage de l’ensemble de la population.

Ainsi, l’expression «perdre son vote» disparaîtrait de notre vocabulaire, puisque chaque élu exercerait l’influence qu’il se doit sur la destinée du pays en fonction du pouvoir de gouverner qui lui a été légitimement conféré.

Cyrille Sippley
Saint-Louis-de-Kent