Au service de sa communauté

Robert Pichette avait un caractère fort. Il ne reculait jamais devant les combats intellectuels importants. Ses opinions étaient rarement empreintes d’ambiguïté. Il laissait rarement quelqu’un indifférent. Il avait un talent pour écrire et il savait s’en servir.

Il nourrissait un amour exemplaire pour sa communauté, sa province et son pays, et il a lutté pour eux avec toute l’énergie de ses mots et de sa plume. Il ne remettait jamais en question la véracité des archives publiques, elle était indubitable.

Il se souciait de l’exactitude dans l’histoire de l’Acadie et il cherchait toujours à s’assurer que les faits étaient fidèlement consignés et bien relatés. Il écrivait sur les grands événements de la société, tout en veillant à ce que nous sachions comment la paroisse de Saint-Paul-de-Kent avait vu le jour. C’était un véritable champion qui nous aidait à comprendre d’où nous venions et qui repoussait avec soin les personnes qui manipulaient les dénouements de manière égoïste. Il était méticuleux dans sa quête de l’exactitude.

J’ai eu la chance de l’avoir pour ami, confident et mentor. Il était toujours là quand j’avais besoin de conseils et il adorait en prodiguer. Il pouvait prendre du recul et examiner les situations dans une perspective pratique. Ne pas faire ce qui convenait n’était jamais une option. Il a réellement consacré sa vie au plus grand bien de tous.

La semaine dernière, il est devenu évident que son corps ne coopérait plus. Son esprit est toutefois demeuré vif et concentré, et il a continué à offrir des «suggestions» des raisons pour lesquelles certaines questions devaient être bien abordées et comment elles devaient l’être. Ce fut un privilège de pouvoir passer du temps en sa compagnie il y a seulement quelques jours. Il savait qu’il vivait ses derniers moments et il semblait prêt à passer à l’après-vie. C’était un fervent catholique.

Il nous a laissé un héritage colossal, comme notre drapeau du Nouveau-Brunswick, nos armoiries et notre banque d’oeuvres d’art, et il a immensément contribué à définir les principes de certaines des lois de notre époque ayant le plus d’impact.

Il avait une très profonde compréhension de son devoir absolu à l’endroit de sa province et ce sentiment l’a animé jusqu’à la toute fin. C’est pourquoi faire preuve de respect à l’égard de nos institutions collectives ne constituait pas seulement une responsabilité pour lui, mais un devoir. C’est pourquoi aussi il se souciait des symboles du pouvoir, de la façon dont ils nous représentent et de celle dont ils nous définissent.

Il ne supportait pas les titulaires de charges publiques qui manquaient de respect pour les charges qu’ils assumaient, peu importe l’ordre de gouvernement ou l’organisation au sein desquels ils étaient en fonction. Il n’a par ailleurs jamais exercé de discrimination dans ses critiques ou ses compliments politiques. L’allégeance politique n’avait aucune importance. Il pouvait assommer presque n’importe qui d’une phrase.

Il nous a tous tenus alertes et nous a sans cesse rappelé que la civilité avait de l’importance, en particulier à une époque où la confiance publique dans nos institutions est remise en question.

Robert sera décrit de maintes façons, j’en suis certain, mais à mes yeux, il a surtout été un fonctionnaire perpétuellement au service du Nouveau-Brunswick et de sa communauté. Ce fut un écrivain, un journaliste, un historien, un enseignant et un véritable ami qui a toujours décrit les choses de la façon dont il les voyait.

Il a exercé une influence énorme en façonnant son époque et nous avons tous bénéficié de sa présence dans nos vies parce qu’il a assurément amélioré notre monde.

Il me manquera.

Louis Leger
Chef de cabinet
Fredericton