Quand ont est trop occupé à s’amuser, d’autres s’occupent de nous organiser

Il y a une dizaine d’années, Yves Gagnon de la Chaire de recherche en sciences de l’environnement et développement durable de l’Université de Moncton livrait les résultats d’une étude sur l’énergie éolienne disant que la Péninsule acadienne, en raison de ses vents, est un endroit idéal pour développer cette énergie. Qu’avons-nous fait pour nous approprier cette ressource et en contrôler le développement? Absolument rien.

Plus préoccupés par nos loisirs que par notre développement, personne n’a exploré cette filière qui, bien exploitée, pourrait être bénéfique à toutes nos communautés.

Lamèque a travaillé et mis en œuvre un projet éolien. Les retombées sont là, pour les propriétaires et la communauté, alors qu’à Anse-Bleue les retombées semblent être destinées à Bathurst. Un acte surprenant de colonialisme de la part de cette ville.

Mais le système économique dans lequel nous vivons est conçu pour permettre à des investisseurs de faire cela. L’industrie du bleuet en est un exemple concret. Nos producteurs locaux qui ont développé ces acres de bleuet sont maintenant en difficulté, alors qu’un investisseur extérieur à la province contrôle cette industrie, et ce, avec l’aval du gouvernement conservateur de l’époque et de tous ceux qui ont suivi.

Quand ont est trop occupé à s’amuser, d’autres s’occupent de nous organiser. Là, on devient une société d’accusation et de protestation.

Je comprends les gens de l’Anse-Bleue et ses partisans. Ils auront tous les inconvénients, Bathurst et le promoteur les retombées. Nous ne pouvons accepter un tel affront. Il est bien de réagir et de vouloir arrêter une telle exploitation. Peut-être devrons-nous, dans nos actions, cesser de fréquenter les commerces de Bathurst? Ne plus rien acheter à Bathurst, acheter chez nous constamment, pour se créer une économie à nous.

Pour éviter d’être harnaché par ces promoteurs qui n’ont aucune racine chez nous et ne voient des dollars que pour eux, il est temps de devenir une société qui se responsabilise face à son développement. Il y a l’argent nécessaire dans nos communautés, il est employé trop souvent pour des futilités, des jeux d’apparences qui ne servent aucune communauté.

Il y a quelques années, lorsque ce promoteur faisait signer les gens pour quelques dollars, nous avons fondé une coopérative d’énergie municipale pour prendre en main ce développement éolien. Nous avons demandé aux gens de ne pas signer ces contrats où les propriétaires cèdent leurs droits pour une période déterminée pour des sommes ridicules et surtout sont responsables de nettoyer leurs terrains de toute pollution et d’enlever ces tours immenses lorsqu’elles deviennent désuètes, non rentables et inopérables en raison des changements technologiques et des impératifs de la rentabilité.

Les municipalités de Grande-Anse, de St-Léolin et de Paquetville sont les membres de cette coopérative d’énergie municipale. Le but étant de ne plus permettre à ces promoteurs sans fibre communautaire d’abuser des honnêtes gens composants nos communautés.

À la dernière réunion que j’ai présidée, nous avions choisi, après avoir rencontré une panoplie de promoteurs, de faire affaire avec celui du parc de Pokeshaw. Il offrait une cogestion et des retombées propres à faire rougir la panoplie des concurrents et dépassant avantageusement les avantages du parc de Lamèque, qui était notre référence.

Nous étions conscients qu’il y avait des inconvénients avec les éoliennes, mais nous voulions établir certaines précautions afin d’en minimiser la portée pour les habitants les plus près, maximiser les retombées, avoir un mot à dire dans cette aventure, ne pas être simplement un spectateur de la chose. Où en est rendue cette coopérative? Il faut le demander aux maires actuels des municipalités membres.

Je ne suis pas capable de juger des énonciations sur les aléas négatifs concernant les éoliennes et leurs conséquences néfastes pour les populations avoisinantes.

Les scientifiques consultés à l’époque nous recommandaient une distance minimale de un kilomètre de toute habitation et de regrouper ces moulins à vent dans des parcs bien circonscrits, afin d’éviter une propagation partout dans la Péninsule acadienne.

Appuyons ces gens exaspérés par cette occupation indigène de leur territoire, mais surtout décidons de prendre nos responsabilités afin de prendre en main le développement éolien sur notre territoire.

Devenons une société responsable au lieu d’être une société de réaction et d’opposition. Que notre base industrielle soit notre levier pour ce faire.

Le développement, c’est l’affaire de tous. Mieux vaut s’organiser que d’être organisé. Nous en avons un exemple criant, que ça ne se reproduise plus.

Réginald Boudreau
Grande-Anse