Connaissez-vous l’âgisme?

Récemment, j’ai fait la connaissance de Mme Jeanne Brideau, enseignante à la retraite qui a lancé, il y a quelques années, un mouvement appelé initialement Adagio Senior pour devenir Senioraction.

Mme Brideau me raconte que la bougie d’allumage de cette initiative fut la mention dans les nouvelles que les aînés allaient devenir un fardeau très lourd pour la société. Elle parle abondamment des travaux du professeur Maurice Beaudin de l’Université de Moncton sur l’apport économique des aînés: bénévolat, activités communautaires et contributions volontaires en temps et en argent à la société. Ces travaux font contrepoids à l’idée que les aînés sont un fardeau. Le mouvement Senioraction vise à combattre l’âgisme et à promouvoir des activités intergénérationnelles.

J’ai réalisé que je ne savais pas précisément ce que signifie le mot âgisme; alors, je me suis informé et voici ce que j’ai compris.

Il y a plusieurs dimensions à l’âgisme. Sur le plan légal, c’est la discrimination basée sur l’âge, mais c’est plus que cela.

«Les vieux sont inutiles!»

«Les jeunes ne savent rien, sont incompétents, ne sont pas fiables!»

«Cette actrice est trop vieille!»

«Il faut rester jeune!»

Autant d’idées préconçues et trop souvent entretenues. Comme les préjugés sur les immigrants, les noirs, les femmes, les pauvres, ces idées font souffrir et sont basées sur l’ignorance, ignorance que, malheureusement, certains cultivent et exploitent.

Ce qui m’a le plus intéressé dans ce que j’ai lu sur l’âgisme, c’est ce phénomène que des aînés finissent par intérioriser (croire) que ce que des plus jeunes disent qu’ils sont inutiles et un fardeau. Sans doute beaucoup continuent à penser ce qu’ils ont pensé toute leur vie sur les aînés et une fois arrivé à cet âge, ils le pensent d’eux-mêmes. Ces idées causent de la souffrance, du désinvestissement personnel et ce sont en quelque sorte des prédictions qui se réalisent. Si la vie n’a plus de sens, on se néglige, on déprime, on néglige sa santé et on accélère les dégradations associées au vieillissement.

Un autre aspect, peut-être plus subtil de l’âgisme, c’est quand on essaie de prétendre que le vieillissement n’existe pas. C’est à mon avis, une façon malsaine d’adopter la valorisation suprême de la jeunesse qui fait partie de l’âgisme. Jeunesse et santé ne sont pas synonymes. On se vante de rester jeune. Cela me paraît un peu absurde. La seule façon de rester toujours jeune est de mourir jeune. L’alternative est de vieillir en préservant sa santé le mieux possible. À un moment ou l’autre, apparaissent des limitations. Les limitations (ou des limites), nous en avons tous et toutes que ce soit à 10 ans, à 20 ans ou à 70 ans. Chacun a sa place et un rôle. C’est encore vrai à 80 ans.

La réalité est que les aînés sont très occupés à remplir le plus souvent gratuitement des rôles et des fonctions importants dans la société. L’âgisme, comme le racisme ou le mépris des pauvres, est constitué d’idées préconçues basées sur l’ignorance et souvent la peur. Le remède c’est l’éducation, la communication et l’expérience des rencontres. Quand on rencontre l’autre et qu’on apprend à le connaître, les préjugés sont remplacés par la connaissance et l’appréciation réciproques.

Favorisons les activités intergénérationnelles, rapprochons les grands-parents et les petits-enfants, les jeunes et les moins jeunes. Le bonheur grandira et la facture médicale baissera.

Daniel Beaudry
Moncton