M. le Président, ne fermez pas le consulat de Moncton

Monsieur le Président de la République,

Les relations entre nos deux pays sont à un niveau incomparable, le Canada étant certainement l’un des meilleurs partenaires et alliés de la France. Nul doute que maintenir et renforcir les liens de la France avec l’Acadie devrait demeurer un objectif constant. Toutefois, des nuages risquent d’assombrir cette longue et harmonieuse relation en raison de la fermeture proposée du Consulat général de France à Moncton.

Prévue désormais par le Quai d’Orsay pour 2022, la fermeture de ce poste consulaire établi sagement il y a plus de 50 ans, par le gouvernement de l’époque, pour accompagner et soutenir culturellement et économiquement la communauté acadienne, suscite une profonde émotion, une forte vague d’indignation et un vif ressentiment tant dans notre population, que chez plusieurs parlementaires, maires, entreprises, médias… et bien sûr auprès des organismes engagés à la défense et à la promotion de la communauté acadienne. Mme Louise IMBEAULT, chancelière de l’Université de Moncton et Présidente de la Société Nationale de l’Acadie, l’écrivaine acadienne de renommée internationale, Mme Antonine MAILLET, et plusieurs autres leaders d’origine acadienne, ont déjà fait entendre leur voix.

En ma qualité d’ami de longue date de la France, et outre le fait que je sois très inquiet et attristé par cette fermeture, il est de mon devoir, Monsieur le Président de la République, de vous informer, aussi, que nombreux sont mes collègues parlementaires, tant députés que sénateurs, au Parlement à Ottawa, qui ne comprennent pas cette douloureuse situation et regrettent vivement cette décision.

Le gouvernement du Premier Ministre Justin TRUDEAU qui entretient des rapports féconds avec la France est bien sûr informé de cette regrettable fermeture consulaire à Moncton. D’autant plus que cette fermeture nuirait assurément aux relations et aux ententes déjà en place avec l’archipel de Saint-Pierre et Miquelon voisin.

Alors que la situation du français est bien fragile dans les Provinces atlantiques, voire toujours menacée, même au Nouveau-Brunswick seule province officiellement bilingue du Canada, cette fermeture est véritablement perçue par notre population comme un abandon de l’Acadie par la France. Ce serait une grave erreur économique et culturelle, qui laisserait désormais vos frères Acadiens amers et sous l’hégémonie grandissante de notre imprévisible et difficile voisin américain dont les quatre grandes plateformes numériques dominent de tout leur poids le paysage culturel et démocratique à l’échelle du monde. Vous n’ignorez pas les contraintes que cette domination impose à toutes les autres cultures et, singulièrement, à l’identité française. Le seul consulat général subsistant dans les Provinces atlantiques serait désormais celui des États-Unis à Halifax.

Je vous demande donc instamment, Monsieur le Président de la République, que votre Gouvernement renonce à cette suppression et maintienne définitivement le Consulat général de France à Moncton.

Pour pérenniser, ancrer solidement et amplifier la coopération économique et culturelle franco acadienne dans les quatre Provinces atlantiques il conviendrait, au contraire:

  • d’adjoindre au Consulat général de France à Moncton un agent chargé spécifiquement des échanges et du développement économique pour attirer des entreprises et des investisseurs français et dynamiser les relations commerciales avec la France;
  • d’augmenter en Acadie l’immigration française en signant, dans un premier temps, entre la France et le Nouveau-Brunswick, une entente intergouvernementale sur la mobilité de la main d’œuvre et la reconnaissance des diplômes et des compétences à l’instar de celle signée par le Président Nicolas SARKOZY, le 17 octobre 2008, entre la France et le Québec;
  • se pencher sur l’enseignement du français dans les Provinces atlantiques, lequel pourrait s’inscrire dans votre plan de développement de l’enseignement du français à l’étranger visant à atteindre les objectifs scolaires déterminés d’ici 2030;
  • de remettre en activité la Chambre de Commerce et de l’Industrie française dans les Provinces atlantiques;
  • il conviendrait, enfin, de bonifier ce poste consulaire par des visites ministérielles, de parlementaires et de missions économiques françaises. Il serait ainsi souhaitable que lors de la visite prévue en 2020 du Premier ministre français au Québec, celui-ci vienne également en Acadie.

Je porte, enfin à votre aimable attention, qu’une mission acadienne se rendra en France au début de l’année 2020. Je vous serais extrêmement reconnaissant, Monsieur le Président de la République, si celle-ci pouvait, à cette occasion, rencontrer le ministre des Affaires étrangères, Monsieur Jean-Yves LE DRIAN, ainsi que le Ministre de l’Éducation nationale, Monsieur Jean-Michel BLANQUER pour leur exposer nos inquiétudes et nos attentes.

En vous remerciant vivement et bien respectueusement de votre compréhension de ces enjeux et de votre attention personnelle portée à cette requête, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’assurance de ma très haute considération.

Percy MOCKLER
Sénateur canadien et ancien ministre