M. le Président, un retrait du consulat serait perçu comme un abandon

M. Emmanuel Macron, Président de la République,

En 1979, Antonine Maillet recevait le prix Goncourt pour son livre Pélagie la Charrette.

Elle devenait ainsi le premier auteur de nationalité non française à être honorée de ce prix prestigieux.

Vous avez été, récemment, destinataire d’un courrier de Madame Maillet vous alertant de la fermeture annoncée pour 2022 du Consulat de France et vous demandant de surseoir à cette décision.

Grand ami de l’Acadie pour y avoir développé nombre de relations institutionnelles et amicales dans le cadre de mes fonctions précédentes, je m’associe pleinement à l’émotion suscitée par cette décision dans les provinces atlantiques canadiennes, la communauté francophone et la communauté acadienne, cette dernière étant bouleversée par cette annonce!

Ce Consulat a eu un grand impact depuis ses tous débuts en Acadie. Sa présence est venue confirmer le caractère privilégié des relations entre le peuple acadien et le gouvernement français et a laissé place au développement de plusieurs ententes de coopération entre la France et l’Acadie.

Ce même Consulat a également facilité avec notre pays de nombreuses occasions portant sur le partage d’expertise, sur le développement de liens économiques, sur la mobilité des jeunes, sur le développement d’ententes entre institutions postsecondaires et sur la mobilité et la promotion des artistes.

Notre Consulat a également contribué à la mise en œuvre d’un programme de bourses qui vise à encourager les Acadiens et les Acadiennes à parfaire leurs études en France et les jeunes Françaises et Français à parfaire leurs études en Acadie.

Le Consulat est aussi un acteur clef dans le développement des relations triangulaires entre la France, l’Acadie et le Québec, tant sur le plan économique que culturel.

Plusieurs initiatives de développement de coopération entre l’Acadie et la France sont aujourd’hui sur la table et feront d’ailleurs l’objet de la visite en France, au début de l’année 2020, d’une délégation conduite notamment par le Sénateur Percy Mockler, le vice-premier ministre Roland Gauvin, Louise Imbeault, présidente de la Société Nationale de l’Acadie.

Plus que jamais, il est essentiel d’affirmer notre solidarité avec le fait francophone en Amérique du Nord et renforcer nos liens avec cette Acadie bien vivante et désireuse de développer encore et toujours des liens avec notre pays, comme j’ai pu le vérifier personnellement à l’occasion du dernier Congrès mondial acadien organisé au mois d’août dernier dans les provinces atlantiques.

J’ai pu échanger récemment avec les autorités gouvernementales du Nouveau-Brunswick (seule province officiellement bilingue du Canada) et celles de la Nouvelle-Écosse qui ne comprennent absolument pas le sens de cette décision alors même que les relations entre nous sont appelées à connaître un essor nouveau dans le cadre de la mise en œuvre du CETA.

Plusieurs pistes méritent d’être examinées s’agissant de la pérennité de la présence française dans les provinces atlantiques et notamment dans les domaines économiques et éducatifs.

Voilà autant de raisons, Monsieur le Président, pour vous demander de revenir sur une décision qui serait reçue, par nos cousins acadiens, comme un abandon d’un peuple qui n’a de cesse de lutter pour sa survie identitaire, linguistique et culturelle.

Je me tiens bien évidemment à votre disposition pour échanger avec vous sur un sujet qui mobilise toute mon énergie et conscient que vous aurez à cœur de renforcer la présence française dans les provinces canadiennes atlantiques.

Vous remerciant par avance de tout l’intérêt réservé à la présente et dans l’attente d’une issue que j’espère favorable.

Je vous prie de croire, Monsieur le Président de la République, à l’assurance de mes sentiments les plus respectueux.

Frédéric Marchand
Sénateur du Nord
France