Azarias Doucet n’est plus de ce monde

Né en 1918 dans le pittoresque village de Petit-Rocher, Azarias Doucet s’est éteint comme un soldat héroïque le 11 novembre dernier à l’âge de 101 ans. Il est donc allé rejoindre son épouse Agnès et les autres membres de sa famille qui l’ont précédé.

Ce compétent et consciencieux éducateur-administrateur, avec diligence, a consacré une grande partie de sa vie à l’éducation de notre province, soit pendant 45 ans. En effet, il a commencé sa carrière en 1937, deux ans avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Il l’a terminé en 1982.

Résumons brièvement les faits: trois ans comme enseignant dans les écoles publiques du Nouveau-Brunswick; neuf ans comme professeur à l’Université du Sacré-Cœur de Bathurst; seize ans comme adjoint et ensuite comme directeur général des écoles dans le comté de Gloucester; dix-sept-ans comme sous-ministre adjoint pour le compte du ministère de l’Éducation, poste qu’il dirigera très habilement jusqu’à sa retraite survenue.

Ai-je bien écrit le mot compétent pour décrire monsieur Doucet? J’ai demandé à mon ami Armand Saintonge, ancien sous-ministre de l’Éducation du Nouveau-Brunswick, de me donner ses impressions sur cet homme de carrière: «J’ai d’abord connu monsieur Doucet comme étudiant à l’Université du Sacré-Cœur à Bathurst. Excellent professeur, il savait bien garder une ferme discipline dans ses classes et aussi se faire respecter des étudiants par sa compétence. Comme fonctionnaire, il était honnête homme dans le sens classique du terme, un modèle de dévouement qui n’a jamais été à la recherche des honneurs et s’est toujours distingué par son travail minutieusement exécuté. Un homme humble dont on ne peut garder qu’un excellent souvenir.»

De ma part, je lui dois une énorme dette de reconnaissance. D’abord, en décembre 1966, quand j’ai postulé pour l’obtention du poste de la direction générale des écoles du comté de Kent, je l’ai rencontré pour la première fois à Fredericton. Il était l’une des trois personnes qui faisaient l’entrevue. Le poste m’a été offert et je crois sincèrement que c’est lui qui en a fait la recommandation aux autorités gouvernementales!

Ce poste, je l’ai rempli pendant 25 ans à la mesure de mes humbles capacités bien qu’au bout de 4 ans dans mes fonctions, un des deux districts scolaires ait tenté de me destituer comme on le fait présentement avec un autre surintendant aux États-Unis.

Azarias Doucet a dû s’en mêler un peu! Je dois ajouter aussi le conseil scolaire no 12 qui a lutté pour que la justice triomphe.

En janvier 1967, en arrivant à mon poste de travail à Richibouctou, je prends connaissance d’un télégramme disant en substance que le budget dû depuis le 15 d’octobre n’était pas parvenu au ministère. Panique complète de ma part! J’ai donc fait appel à monsieur Doucet qui a passé une semaine avec moi au bureau à Richibouctou pour préparer ce document. Durant ces 5 jours, il m’a guidé, orienté et conseillé comme il l’a fait durant les autres années jusqu’en 1982. Il en fut de même avec les autres merveilleux fonctionnaires ministériels.

Au cours de sa retraite, je lui ai envoyé plusieurs lettres, je l’ai visité. Je l’ai même visité deux fois après son décès!

Je pense même lui avoir révélé ce qui suit. Je les résume au bénéfice des lecteurs et des lectrices. Il était un homme d’une immense sagesse, comparable à celle d’un personnage biblique qu’on appelle dans la Bible Salomon! Un homme humble, d’écoute, calme, respectueux, discret, compétent, affable, un modèle à suivre, une inspiration noble. Il a œuvré très fort pour la cause acadienne, pour l’éducation provinciale et pour l’école francophone de Fredericton avec Bernard Poirier et tous les autres vaillants Acadiens de Fredericton.

Azarias est un père qui compte 9 enfants, tous vivants, huit filles et un fils. Il est un grand-père de 18 petits-enfants et un arrière-grand-père de 30. Si toute l’Acadie en avait fait autant, notre population francophone ne serait pas en déclin ou minoritaire!

Je remercie donc le ciel qui nous l’a fait vivre parmi nous pendant plus d’un siècle.

Est-ce que Fredericton et Petit-Rocher ont déjà pensé à commémorer sa mémoire et son immense contribution en nommant une rue, un édifice ou une salle en son honneur? Durant son vivant, il ne l’aurait pas voulu! Le Pape l’a déjà fait, de même que l’Université du Sacré-Cœur de Bathurst et l’Université de Moncton!

M. Doucet, reposez-vous bien et guidez-nous comme vous l’avez fait avec autant de délicatesse, de sagesse, d’honneur et de courage lors de votre long séjour terrestre.

Alcide F. LeBlanc
Moncton