Le bilinguisme est un exemple naturel de justice sociale

Pensez-vous que la mise en œuvre du bilinguisme est allée trop loin? Il semble que ce soit la question du jour dans notre province.

À cette question, ma réponse est claire, concise et sans équivoque. Non, nous ne mettons pas en œuvre le bilinguisme ni trop loin ni trop vite, dans cette province ou au Canada.

En fait, la langue est le plus important élément de l’identité d’une personne ou d’un groupe social. Si cette affirmation est vraie, et je le crois sincèrement, la protection d’une langue est une question de justice sociale. Et on ne peut jamais être trop «juste» envers une personne ou envers un groupe social.

Actuellement, au Nouveau-Brunswick, au Canada, aux États-Unis ou même partout sur le globe, il y a de plus en plus d’actes de violence, d’agressions sociales, de haine, de faim, d’inégalités économiques, de fausses nouvelles, de peurs et d’incompréhensions. Tout cela coûte très cher à l’humanité dans son ensemble.

Donc, si nous voulons réaliser la paix individuelle et sociale, chacun de nous doit œuvrer pour la justice sociale; sinon, la paix ne peut être réalisée.

Il y a quelques années, j’ai assisté à un événement politique à Fredericton. Le principal orateur, qui était alors le chef d’un parti national, a commencé son discours en ces termes : «Nous ne les haïssons pas, nous détestons ce qu’ils nous font». (Une ovation debout !). Il a poursuivi en déclarant : «Si le Québec veut se séparer, c’est bon pour moi et c’est bon pour notre parti». (Une autre salve d’applaudissements). «Nous les combattrons dans les rues, nous les mettrons dans des bateaux ou dans des avions et nous les enverrons en France où ils appartiennent».

En public, j’ai contesté ce conférencier et le groupe. Pendant un moment, j’ai cru assister à un rassemblement nazi. Ce parti politique national est mort, mais son esprit semble être revenu dans notre société.

Qu’on me permette de rappeler aux lecteurs et lectrices de ces lignes certains faits historiques que les Acadiens et les francophones du Nouveau-Brunswick ont dû vivre avant la mise en œuvre du bilinguisme officiel au Nouveau-Brunswick. La plupart des manuels scolaires dans les écoles françaises étaient en anglais. Si, dans la classe, il y avait 25 élèves francophones et deux anglophones unilingues, l’enseignement n’était pas disponible en français. Je sais cela comme un fait réel, car je l’ai vécu moi-même pendant quatre ans dans une école du comté de Kent.

Si un étudiant francophone voulait devenir avocat dans notre province, il devait fréquenter l’Université du Nouveau-Brunswick en anglais. Lors des procès, les francophones devant comparaitre devant un juge et les membres du jury devaient s’attendre à vivre la justice anglaise, car tout se déroulait dans la langue de Shakespeare.

Si, de nos jours, un anglophone unilingue était victime d’un accident routier devait recevoir des soins médicaux, comment se sentirait-il si le personnel soignant était uniquement francophone unilingue? Cela constituait une injustice sociale. Il en va de même pour un francophone unilingue qui est traité en anglais.

Non, au Nouveau-Brunswick ou au Canada, le bilinguisme n’est pas allé trop loin. Et maintenant, vous connaissez le reste de l’histoire!

Alcide F. LeBlanc
Moncton