Lutte contre les préjugés envers les personnes en situation de pauvreté

Pour dénoncer les préjugés, les mythes et les mensonges à l’égard des personnes en situation de pauvreté, une campagne sera lancée au début de l’an 2020 par le Chapitre de Moncton du Front commun pour la justice sociale du Nouveau-Brunswick (FCJS). Cette campagne consistera à des annonces à la radio, des entrevues avec des personnes ayant connu la pauvreté et l’utilisation des médias sociaux.

La nature répandue des préjugés et de la désinformation à propos des personnes en situation de pauvreté constitue l’obstacle majeur à son élimination. Les idées courantes à l’égard de ces personnes sèment des faussetés. On en vient à croire que les pauvres sont responsables de leur propre malheur, alors qu’ils sont très souvent victimes de circonstances hors de leur contrôle. Le fait de blâmer une victime innocente aggrave sa souffrance et sa misère. De plus, cela fournit des excuses pour ne pas l’aider, ce qui empire sa situation.

Au Nouveau-Brunswick, près de 35 000 individus doivent dépendre de l’assistance sociale pour survivre. La plupart reçoivent 537$ par mois et sont généralement forcés à vivre en chambre, privés de leurs besoins de base, y compris l’alimentation. Les personnes ayant une lettre du médecin les recommandant incapables de travailler avant six mois ou celles qui dépassent 55 ans reçoivent 576$ par mois, alors que les personnes certifiées invalides reçoivent 763$. Seules les personnes totalement ignorantes du vécu des pauvres pensent qu’une personne dépendant de l’assistance sociale peut vivre avec les prestations actuelles. Contre toute évidence, le ministère de Développement social continue d’octroyer des taux de misère, parce qu’il les juge adéquats.

Le FCJS a mené une recherche auprès de quatre groupes d’assistés sociaux dont le but était d’identifier les préjugés les plus communs qu’ils ressentent. Un total de 28 assistés sociaux y ont participé. L’étude était basée sur la Technique du groupe nominal. Également, des recherches réalisées par l’Université Oxford/ATD Quart Monde de même qu’un sondage canadien par l’Armée du Salut portaient sur les préjugés à l’égard des personnes en situation de pauvreté. À partir de ces études, le FCJS a relevé 10 préjugés qu’il a soumis à 30 fournisseurs d’entraide aux pauvres leur demandant de les classer selon l’ordre de leur fréquence.

Ces recherches démontrent que les trois préjugés les plus communs sont: «Ils sont paresseux et ne veulent pas travailler»; «Ils devraient mettre la boisson et la drogue de côté» et «Ils choisissent de recevoir l’aide sociale».

Le premier préjugé, à savoir que les assistés sociaux ne veulent pas travailler, est habituellement mensonger et cause d’énormes torts. Il rend l’inaction légitime à l’égard des causes de la pauvreté. En réalité, de nombreux assistés sociaux veulent travailler, mais ils se butent à des obstacles lorsqu’ils cherchent un emploi. S’ils y arrivent, leurs dépenses associées à l’aller-retour au travail ne sont pas couvertes par l’assistance sociale. En régions rurales, l’absence de transport public représente un autre obstacle important. Dans certains cas, choisir d’aller travailler rend financièrement perdant, aggravant ainsi les difficultés de la personne. Malheureusement, la politique d’exemption de salaire du ministère du Développement social décourage certaines personnes plutôt que de les inciter à retourner travailler. Par exemple, un assisté social du programme d’assistance transitoire n’a droit de garder que 150$ par mois de son revenu d’emploi et, s’il gagne davantage, il ne touche que 30% de sa rémunération pour les heures supplémentaires.

Un deuxième préjugé dévastateur accolé aux assistés sociaux, c’est qu’ils sont alcooliques ou utilisateurs de drogues. Prudence est de mise quand on associe le niveau socioéconomique à l’alcoolisme, car plusieurs facteurs entrent en cause. Statistique Canada publie de l’information concernant des personnes ayant une forte consommation mensuelle d’alcool définie, comme au moins cinq consommations en une seule occasion pour les hommes et de quatre pour les femmes. En 2015, le médecin en chef du Canada rapportait qu’on observe des consommations abusives d’alcool à tous les niveaux de revenu. Les personnes ayant un revenu et un statut social élevé s’adonnent plus fréquemment à une consommation risquée d’alcool que celles qui ont un faible revenu et un statut social plus bas. Par exemple, aux États-Unis, on rapporte que la constitution génétique pourrait expliquer de 40 à 60% des tendances à l’alcoolisme.

Le troisième préjugé communément associé aux assistés sociaux est: «Ils choisissent de dépendre de l’assistance sociale». Cette affirmation gratuite est souvent un prétexte pour blâmer injustement des personnes vivant des circonstances difficiles. Les personnes qui demandent l’assistance sociale le font par nécessité. Le FCJS a récemment interviewé 16 personnes qui vivaient maigrement parce qu’elles dépendent de l’assistance sociale. De celles-là, huit l’avaient demandée à cause de mauvaise santé, six à cause de problèmes psychologiques et deux rencontraient des circonstances imprévues. Évidemment, ces personnes n’avaient pas demandé l’aide sociale pour «mener une belle vie».

En 2009, les signataires du «Plan d’inclusion économique et social du Nouveau-Brunswick», y compris le premier ministre d’alors et son ministre de Développement social, se sont mis d’accord que la première démarche à entreprendre pour éliminer la pauvreté consisterait à entreprendre une campagne anti-préjugé. Le plan recommandait que le Nouveau-Brunswick «élabore une forte campagne de sensibilisation du public, essentielle à la réussite de la stratégie de réduction de la pauvreté». Jusqu’à présent, aucune campagne de sensibilisation n’a pas été élaborée par les gouvernements libéral ou conservateur. Les préjugés persistent, tout comme le dénigrement des personnes en situation de pauvreté, par un public qui ignore les causes réelles de la pauvreté.

La campagne entreprise par FCJS vise à contrecarrer ces préjugés pour encourager le gouvernement provincial à cesser de maintenir des taux d’assistance sociale punitifs qui rendent la vie difficile aux personnes ayant les plus grands besoins. Notre campagne veut démontrer la dure réalité de bien des personnes en situation de pauvreté. Le vécu quotidien infligé aux assistés sociaux doit cesser. Il a trop longtemps duré!

Sr Auréa Cormier
Moncton