Lettre au Premier Ministre de la France, M. Édouard Philippe

Monsieur le Premier Ministre,

La communauté universitaire et collégiale acadienne que nous représentons a été très peinée d’apprendre la nouvelle de la fermeture programmée du Consulat général de France dans les provinces atlantiques en 2022.

Ouvert, à Moncton, Nouveau-Brunswick, en août 1964, le Consulat représentait la présence solennelle de la France en Acadie et concrétisait un partenariat de peuple à peuple souhaité par le Général de Gaulle et appuyé ensuite, sans relâche, par ses successeurs à la Présidence de la République française.

Durant un demi-siècle, le Consulat de France à Moncton a été au cœur même de l’essor de l’Acadie, que ce soit par les quelque milliers de boursiers qu’il a appuyés, par les programmes éducatifs et culturels qu’il a nourris et par les multiples partenariats auxquels il a pris part, au fil de ses 55 ans d’existence, dans les quatre provinces atlantiques qu’il dessert.

Nos institutions universitaires et collégiales sont le meilleur exemple de l’impact de la France et de son Consulat sur l’essor de l’Acadie. Aux quatre coins de notre région, nous formons aujourd’hui de jeunes Acadiennes et Acadiens, fiers de leur patrimoine et de leur culture, qui font briller haut et fort une Francophonie moderne et novatrice.

À l’heure où la France peut se dire «mission accomplie» devant cet essor de la société acadienne qu’elle a nourrie, et alors qu’elle envisage son retrait de l’Acadie, qu’il nous soit permis de reprendre les mots du Président François Mitterrand lors d’une de ses visites chez nous: «Nous allons essayer de poursuivre ce qui a été entrepris et d’accroître ce genre de relations, car il ne s’agit pas de rester figés en 1987.»

Dans un esprit de croissance des relations France-Acadie, nous sommes d’avis que l’Acadie peut aujourd’hui être une précieuse alliée de la France dans des domaines essentiels et, donc, que le rôle du Consulat de France dans les provinces atlantiques gagnerait à être redéfini selon de nouveaux axes de coopération, parmi lesquels:

  • Le dossier de la Francophonie internationale: cette «famille aux dimensions de la planète» qui n’est pas, comme le soulignait le Président Macron lors du Sommet d’Erevan en octobre 2018, «un club convenu, un espace fatigué, mais un lieu de reconquête.» Peuple sans état, l’Acadie a une expérience et une expertise d’engagement linguistique et culturel qui, comme le soulignait l’ancien secrétaire général de l’OIF Monsieur Abdou Diouf, «tire la Francophonie vers le haut.»
  • La mer: grande puissance maritime mondiale, la France a, par son Consulat de France, un accès privilégié à la côte atlantique de l’Amérique du Nord, qui plus est, tout près de son archipel de Saint-Pierre et Miquelon. Les relations entre l’archipel et l’Acadie sont à la fois historiques et modernes, les échanges courants, y compris dans nos propres institutions d’enseignement. Mais nous partageons aussi des problématiques urgentes dans le domaine des changements climatiques. L’érosion de nos littoraux, l’augmentation du niveau de la mer, la diminution des ressources halieutiques sont des défis que nous traitons déjà dans nos institutions en Acadie et qu’avec le concours du Consulat, nous pourrions traiter directement avec Saint-Pierre et Miquelon dans un esprit de coopération régionale.
  • La coopération: nous représentons des institutions postsecondaires qui, ensemble, s’attachent à des recherches aussi diverses que l’intelligence artificielle, la robotique ou la francophonie (pour ne mentionner que quelques exemples). Ces champs de recherche offrent de grandes possibilités de coopération que le Consulat général de France dans les provinces atlantiques pourrait aider à développer, permettant aussi de nourrir une plus grande mobilité du savoir tant au niveau étudiant que professoral. Nous aurions tous beaucoup à y gagner.

Ce ne sont là que trois axes de réflexion pour une coopération renouvelée entre la France et l’Acadie qui ont le potentiel de garantir un nouvel avenir au Consulat, dans le sens même de ce que déclarait le Général de Gaulle en accueillant l’Acadie en France en janvier 1968: «Car la France ne méconnaît plus tout ce que vous avez fait et tout ce que vous pouvez faire pour notre communauté française.»

Nos institutions universitaires et collégiales et la société acadienne dans son ensemble ont aujourd’hui beaucoup à offrir à une France qui nous a déjà beaucoup donnés. C’est dans cet esprit que nous vous offrons de réfléchir, ensemble, à un nouveau départ pour le Consulat général de France.

Nous vous prions de bien vouloir agréer, Monsieur le Premier Ministre, nos sentiments les plus respectueux.

Le recteur et vice-chancelier par intérim de l’Université de Moncton,
Jacques Paul Couturier
Le recteur et vice-chancelier de l’Université Sainte-Anne,
Allister Surette
Le président-directeur général du Collège communautaire du Nouveau-Brunswick,
Pierre Zundel
Le président du Collège de l’Île
Donald DesRoches