Village historique acadien: pourquoi dire oui à un vote de grève?

Selon l’AITB, l’industrie du tourisme au Nouveau-Brunswick emploie plus de 42 000 personnes et représente près de 9% de la population active de la province. Les visiteurs dépensent environ 1,3 milliard $ au Nouveau-Brunswick. Le tourisme contribue à plus de 520 millions $ par an au PIB de la province. Cette année, les attractions touristiques ont signalé pour la période de juin à aout, une augmentation de la fréquentation de 8%. Au Village historique acadien, il s’agit d’une troisième année consécutive d’augmentation du nombre de visiteurs.

Depuis 10 ans, je travaille comme interprète au VHA. On peut m’y trouver 35 heures pas semaine pendant les quatre mois les plus chargés de la saison touristique. Dans un site doté d’une quarantaine de bâtiments historiques, j’ai l’occasion de faire vivre à des visiteurs des 5 continents, des moments de la vie quotidienne des Acadiens de 1770 à 1949. En plus de participer à la reconstitution de plusieurs évènements historiques, j’ai eu l’immense plaisir de mener des visites guidées avec des groupes de 10 à 20 personnes à travers notre incroyable décor. Je suis fier de notre histoire. J’adore notre Village et je suis reconnaissant que nous ayons un tel outil pour nous permettre de partager cette histoire. Je vis et je respire mon travail et j’ai énormément de difficulté à m’imaginer travailler ailleurs.

En 2010, les interprètes et autres travailleurs non permanents du Village historique acadien (VHA) adhéraient au local 1190 du Syndicat canadien de la Fonction publique (SCFP). La même année le gouvernement du Nouveau-Brunswick adoptait le projet de loi 35 modifiant la loi relative aux relations de travail dans les services publics. Par cette loi, «en plus d’une personne employée à titre temporaire en vue de répondre à une augmentation ponctuelle de la charge de travail ou pour remplacer un employé absent, le terme employé occasionnel s’applique désormais à une personne employée sur une base saisonnière récurrente qui n’a pas été employée pour une période continue de six mois». En tant qu’occasionnels, ces travailleurs ne reçoivent que 80% du salaire prescrit par la convention collective.

En dépit du nombre d’années de service, le gouvernement nous considère donc, moi et la plupart de mes confrères de travail (certains ont 25, 30, 35 ans de service), comme des employés occasionnels. Avec cette désignation, nous n’avons droit à aucun congé de maladie payé et ne recevons aucun jour de deuil payé si un membre de la famille proche décède. Nous ne sommes pas dignes d’un régime médical ou dentaire et ne pouvons participer à leur régime de retraite. Et pour couronner le tout, notre employeur ne juge bon que de nous rémunérer à 80% de notre salaire légitime. Avec ce taux, c’est comme si, au cours des dix dernières années, on m’avait refusé l’équivalent de deux ans de salaire.

Chaque mois, je vais à la pharmacie et je débourse le plein prix pour mes ordonnances. Mon côté logique me demande pourquoi j’en suis encore là. Quand mon conseiller financier me dit que je n’aurai pas assez d’argent pour ma retraite, je me demande pourquoi je n’ai pas passé à un emploi avec un régime de retraite. Si je vois mon compte bancaire à l’approche du découvert, ça me rappelle que mon employeur estime que je ne suis digne que de 80% de mon salaire légitime. Pensant naïvement que cette inégalité serait éventuellement corrigée, j’ai refusé des emplois pour plus d’argent et d’avantages. «Le coeur a des raisons que la raison ne peut comprendre» et mon coeur me dit de rester.

Notre dernier contrat a expiré en décembre 2017 et, malgré de nombreuses réunions de négociation, le gouvernement n’a fait aucune offre monétaire à l’exception d’une augmentation insultante de 1% par an.

Selon Statistique Canada, entre 2010 et 2019, l’indice des prix à la consommation (IPC) a augmenté de 33,6%. Avec une augmentation de salaire totale reçue de 10% pour cette période, nous avons perdu 23,6 % de notre pouvoir d’achat.

Notre présente négociation de contrat a été confiée à un conciliateur indépendant qui a écouté les deux côtés de la discussion. Il est revenu avec une recommandation d’augmentation totale de 12% pour les quatre prochaines années et de 100% du salaire pour les «occasionnels».

Le gouvernement a refusé cette proposition et, malgré une proposition majoritaire de l’Assemblée législative, refuse l’arbitrage obligatoire sans condition.

Chaque fois que notre contrat entre en négociation, j’espère prudemment que des changements se produisent, mais ils ne se concrétisent jamais.

Je sais maintenant que la situation ne changera jamais si nous ne la forçons pas à changer. Un vote de grève pourrait être notre seule et unique chance d’obtenir le changement que nous attendons depuis si longtemps. C’est pourquoi je voterais en faveur.

J Michel Godin
Interprète et délégué syndical au Village historique acadien
Caraquet