Ce n’est pas la solution

Le gouvernement Higgs s’est montré intéressé à transférer la responsabilité des foyers de soins du ministère du Développement social aux régies régionales de la santé. Même si les défenseurs du changement croient qu’il permettra de simplifier le système, de transférer des gens aux foyers de soins plus rapidement et de libérer des lits d’hôpital, les critiques affirment que rien ne prouve ce fait et que d’autres provinces canadiennes où les foyers de soins relèvent des régies régionales de la santé sont confrontées aux mêmes défis que le Nouveau-Brunswick.

L’Association des travailleuses et des travailleurs sociaux du Nouveau-Brunswick (ATTSNB), organisme de réglementation de la profession du travail social qui représente plus de 2000 membres à l’échelle de la province, doute aussi qu’un tel transfert de responsabilité serve à résoudre les questions avec lesquelles sont aux prises les gens du Nouveau-Brunswick. L’ATTSNB souligne que le transfert proposé ne serait qu’une solution temporaire.

Au lieu de dire «nous avons besoin d’autres lits», nous devrions dire «nous avons besoin d’idées novatrices qui permettent aux personnes âgées de rester chez elles le plus longtemps possible». Des politiques et des programmes qui peuvent aider les personnes âgées à rester chez elles sont notamment les programmes de rénovation de résidences, les subventions pour des technologies de maison intelligente, l’investissement dans des programmes d’aide pour les activités quotidiennes, l’investissement dans des avantages et des programmes pour proches aidants et l’élargissement du Programme extra-mural pour y inclure d’autres soins médicaux à domicile, y compris l’accès aux médecins. Puisque, selon les dires, les coûts liés aux gens qui attendent dans un lit d’hôpital s’élèvent à 800$ par jour, il est raisonnable de présumer que l’investissement dans de tels programmes de prévention et mesures incitatives permettrait d’économiser de l’argent à long terme et d’améliorer la qualité de la vie.

Selon un rapport intitulé Aînés en transition, publié en 2017 par l’Institut canadien d’information sur la santé, «Si les services de santé continuent d’être dispensés comme ils l’ont été jusqu’à maintenant, la capacité des établissements de soins en hébergement devra doubler au cours des 20 prochaines années pour répondre aux besoins de la croissance démographique.»

Toujours selon le rapport, «Des études ont démontré que certaines personnes âgées admises en soins en hébergement présentent un état clinique très semblable à celui d’autres personnes âgées capables de vivre chez elles dans la collectivité avec un soutien approprié.»

Étant donné que la population du Nouveau-Brunswick est parmi les populations les plus âgées et les plus rapidement vieillissantes du Canada, il faut transformer la façon dont les soins sont dispensés pour tout le continuum de soins au lieu d’essayer d’augmenter le nombre de lits dans les foyers de soins de la province. Les foyers de soins ne sont pas un prolongement des hôpitaux; ce sont des prolongements des maisons des gens. Avant d’effectuer un transfert de responsabilités ministérielles qui ne donnerait peut-être pas lieu à une amélioration du système, nous devrions investir dans des changements fondés sur des données probantes qui permettront de réduire le besoin de lits dans les foyers de soins.

De telles questions sont loin d’être simples. Afin de trouver une solution convenable qui permettra aux personnes âgées de bien vieillir, comme elles le veulent, il faudra de la collaboration interministérielle.

La question du vieillissement nous touche tous. Nous devons examiner les données probantes et les résultats de recherches afin de prendre des mesures à l’égard de la population vieillissante du Nouveau-Brunswick, maintenant et dans l’avenir.

Geraldine Poirier Baiani
Présidente de l’Association des travailleuses et des travailleurs sociaux du Nouveau-Brunswick