Investir dans l’avenir du Nouveau‑Brunswick et l’appuyer

En tant que recteurs des seules universités financées par les fonds publics de la province, nous avons l’habitude d’être confrontés à des questions difficiles. C’est comme il se doit, et nous sommes fiers – à juste titre – des réalisations de nos institutions au service du bien collectif.

Toutefois, servir le bien collectif est de plus en plus difficile, même si nous avons de réels succès à démontrer. Le problème découle de la croisée de diverses tendances. L’une d’entre elles est l’émergence d’une «culture de la vérification», où les compressions sont perçues comme une fin en soi et où la bureaucratie entrave la prise de décisions éclairées. La baisse des coûts commence à avoir plus d’importance que l’efficacité réelle. Un discours qui revient de plus en plus, selon lequel les universités sont des centres de coûts plutôt que des centres d’investissement, alimente ce point de vue.

Un deuxième facteur ou tendance est le fait que le gouvernement doit prendre des décisions budgétaires difficiles, assorti à la perception que les universités sont en quelque sorte séparées de la société dans son ensemble. À notre avis, rien n’est plus faux. Les universités financées par l’État jouent un rôle essentiel dans la croissance et la prospérité du Nouveau-Brunswick.

En réalité, les universités financées par les fonds publics au Nouveau-Brunswick sont très engagées et responsables, beaucoup plus que les collèges professionnels à but lucratif, et davantage que bien d’autres organisations du secteur public.

De plus, les universités publiques du Nouveau-Brunswick offrent une valeur et des résultats réels pour le Nouveau-Brunswick dans de nombreux domaines – des nouveaux diplômés qui enrichissent le marché du travail spécialisé à la commercialisation des fruits de la recherche menant au démarrage d’entreprises et au développement économique en général. Le récent programme gouvernemental Prêt pour l’avenir NB est un autre exemple de la valeur réelle que les universités apportent à la collectivité, car il permet à des étudiants d’entreprendre des activités d’apprentissage expérientiel auprès de plusieurs organismes de la province.

Les universités publiques du Nouveau-Brunswick sont des éléments essentiels de l’écosystème économique et socioculturel élargi de la province. Et ce, malgré le fait que le financement de l’éducation postsecondaire au Nouveau-Brunswick est le plus faible en proportion du produit intérieur brut (PIB), de toutes les provinces de l’Atlantique, selon un rapport publié en septembre 2019 par Alex Usher, de Higher Education Strategy Associates.

Les universités publiques du Nouveau-Brunswick visent l’atteinte d’objectifs et non les profits.

Par conséquent, nous devons rendre des comptes à nos étudiants qui paient des droits d’inscription et qui disposent de nombreuses autres possibilités. La valeur de leurs études est démontrée par les résultats en matière d’emploi qui sont mesurés par les enquêtes nationales de la Commission de l’enseignement supérieur des provinces Maritimes (CESPM) et le travail d’enquête de chaque université. Nous sommes tenus de respecter les normes et les pratiques rigoureuses que nous maintenons au sein de nos associations d’agrément. Nous rendons compte à un conseil des gouverneurs, qui assure une surveillance étroite et offre une vaste gamme de points de vue relativement à cette importante tâche, et nous rendons compte aux nombreux donateurs qui souhaitent obtenir le meilleur rendement possible de leurs généreux investissements dans nos universités. Nous sommes également redevables, en vertu de la loi visant le Comité spécial sur les universités publiques et de nos lois respectives, à la population du Nouveau-Brunswick pour le soutien qu’elle accorde par l’entremise de son gouvernement.

En tant que recteurs d’université, nous confirmons la présence de risques clairs et imminents associés à une approche de l’enseignement supérieur fondée sur une «culture de vérification». Que nous vivions dans des régions pauvres ou riches, nos universités doivent se faire concurrence pour attirer des étudiants, des chercheurs talentueux et des donateurs. Nos universités doivent se faire concurrence à l’échelle mondiale pour attirer des étudiants et des membres du corps professoral afin de nous acquitter de notre devoir envers le Nouveau-Brunswick, de demeurer des établissements engagés à assurer l’accès et l’excellence, et de continuer à offrir aux étudiants une expérience égale à celle offerte partout ailleurs au Canada.

Les étudiants du Nouveau-Brunswick ne méritent rien de moins. Les Néo‑Brunswickois ne méritent rien de moins. Ils méritent des travailleurs de la santé innovateurs, compétents et professionnels. Ils méritent des enseignants, des travailleurs sociaux, des ingénieurs, des législateurs, des penseurs créatifs, des chefs d’entreprise, des citoyens du monde et des leaders de demain qui sont aussi compétents que partout au Canada.

Nous avons besoin d’une vision du Nouveau-Brunswick qui attire les nouveaux arrivants, qui encourage les entrepreneurs et les innovateurs et assure une démocratie et une économie fortes. Notre vision du Nouveau‑Brunswick doit présenter à nos enfants un avenir qui les convaincra de rester. Nous devons offrir au monde quelque chose qui attire l’attention, l’admiration et l’investissement. Décrire cette vision est un premier pas. Mais pour la réaliser, il faut faire plus que réduire les dépenses. Il faut faire des investissements stratégiques suffisants et bien ciblés; sinon nous ne parviendrons pas à assurer un avenir meilleur et plus sûr pour notre province.

Nous avons besoin d’une vision pour le Nouveau-Brunswick qui appuie les gens et leur permet de travailler à un avenir prospère. L’enseignement supérieur transforme les personnes et les collectivités; c’est une force qui sert le bien collectif et qui devrait être considérée en priorité lorsque nous envisageons des régimes fiscaux au Nouveau‑Brunswick.

Paul J. Mazerolle, recteur de l’Université du Nouveau-Brunswick
Dawn Russell, rectrice de l’Université St. Thomas
Jean-Paul Boudreau, recteur de l’Université Mount Allison
Jacques Paul Couturier, recteur par intérim de l’Université de Moncton