Les familles d’accueil: un maillon dans la chaîne

Dans son dernier rapport, la vérificatrice générale a fait état du manque de familles d’accueil dans la province. Ses recherches ont démontré que de 2014 à 2018, le nombre de familles d’accueil est passé de 565 à 400, un déclin inquiétant, étant donné que leur service est irremplaçable.

Cela fait que le ministère du Développement social se tourne vers les foyers de groupe comme mesure de rechange, mais de l’avis de la vérificatrice générale, ces foyers sont loin de fournir un service équivalant à celui des familles d’accueil.

Elle a tout à fait raison d’affirmer que l’enfant qui ne peut demeurer chez lui a besoin d’un milieu aimant, stimulant, attachant et chaleureux, ce qu’une famille d’accueil est plus en mesure de lui offrir qu’un foyer de groupe.

L’enfant dont les parents naturels ne savent comment aimer a besoin d’être heureux, de faire confiance au monde adulte, de vivre ses peines, de développer ses goûts et ses intérêts, mais aussi de réagir comme tout autre enfant le ferait à la discipline qui lui est imposée.

Il doit, de plus, apprendre à critiquer et à contester, à négocier des solutions, à vivre des expériences, à se relever de ses échecs, à se faire des amis, à se confier et à mettre ses talents à profit, mais pour cela, il faut lui faire une place.

Enfin, il a besoin qu’on lui dise quand il exagère, qu’on passe l’éponge quand il fait une bêtise, qu’on lui fasse sentir qu’il est quelqu’un, qu’on accepte qu’il soit différent et unique, en somme, qu’on lui apprenne à s’émerveiller devant son jardin.

Tout cela constitue un menu chargé, il va sans dire, et quand il ne peut y arriver dans sa famille d’origine, la famille d’accueil devient le second choix. Il faut se mettre dans la peau de celle-ci pour comprendre et ressentir la lourde tâche que son rôle implique.

D’abord, elle accueille chez elle un enfant étranger et elle finit par s’attacher à lui et l’aime autant que s’il était un membre de la famille. Elle agit à titre de parent auprès de lui et elle le traite en tout point comme s’il était son propre enfant.

L’expression «famille d’accueil» réduit les tâches à celle de l’accueil, mais en réalité, il y a beaucoup plus. En fin de compte, ce sont des humains qui se portent volontaires pour élever des petits êtres humains, avec tout ce que cela comporte.

Au départ, on appelait ces familles, des «familles de garde» parce qu’elles soignaient les enfants, puis on les a appelées des «foyers nourriciers» parce qu’elles les nourrissaient. On les a aussi appelées des «tuteurs» parce qu’elles en avaient la garde légale, et puis des «familles de secours», parce qu’elles les protégeaient, et finalement, des «familles de transition» parce qu’elles s’en occupaient temporairement.

C’est seulement depuis les dernières années qu’on les appelle des «familles d’accueil» pour montrer que chez elles, les enfants, en plus d’être gardés, nourris, soignés et protégés, sont accueillis, en d’autres mots, intégrés à la famille.

Les familles d’accueil elles-mêmes ne se rendent pas compte du bien qu’elles font au jour le jour et ce n’est souvent qu’après le départ de l’enfant qu’elles le réalisent. Certaines ont parfois le plaisir de revoir les yeux des enfants à qui elles ont beaucoup donné. Quant aux autres, qu’elles ne revoient plus, elles se disent que s’ils ont vécu au milieu des roses pendant quelque temps, ils ont dû en prendre le parfum.

Les familles d’accueil ne s’enrichissent pas financièrement parce qu’elles dépensent beaucoup plus que les allocations qui leur sont allouées.

Elles ont, toutefois, une autre forme de richesse et c’est celle de connaître et d’aider des enfants en difficulté. Elles nourrissent l’espoir que les enfants qu’elles élèvent vont retenir quelque chose de l’exemple qu’elles leur donnent.

En somme, elles allument une petite chandelle dans la noirceur en aidant des enfants à faire un petit bout de chemin. Quand l’un d’eux revient vers elles, montrant une lumière dans ses yeux, elles ont le sentiment d’avoir réussi et d’avoir été le maillon manquant dans la chaîne de sa vie.

Claude Snow
Comité des 12