Les foyers de soins sont des atouts communautaires

Certaines discussions indiquent toujours que les foyers de soins pourraient diminuer le surpeuplement hospitalier s’ils sont transférés sous la responsabilité des régies régionales de la santé.

Et comme nous l’avons déjà dit, ce n’est pas le cas.

Une modification du ministère gouvernemental sous lequel se retrouvent les foyers de soins ne permettra ni de créer davantage de lits ni de recruter les employés nécessaires pour accroître le nombre de lits dans les foyers de soins. Pour les individus et les familles qui attendent un lit dans un foyer de soins, il n’y aurait aucune incidence démontrable.

Cette suggestion a été formulée à maintes reprises et elle indique un manque de compréhension important face à notre objectif. Les foyers de soins sont avant tout des foyers. C’est là où les gens choisissent de vivre la meilleure vie possible malgré divers défis associés à la maladie ou à des incapacités physiques. Nous sommes donc davantage un prolongement de la stratégie D’abord chez soi du ministère du Développement social qu’une division de soins actifs.

Nous reconnaissons et comprenons qu’il existe une crise au niveau des patients recevant ou nécessitant un autre niveau de soins (ANS). Le problème est présent dans les hôpitaux du Nouveau-Brunswick et de partout au Canada et il est d’autant plus compliqué par les défis associés au recrutement et au maintien de professionnels de la santé, tant au foyer que partout au pays.

En plus d’agir à titre de directrice générale de l’Association des foyers de soins du Nouveau-Brunswick, je suis actuellement présidente de l’Association canadienne des soins de longue durée, ce qui me donne la chance d’observer la gouvernance des soins de longue durée dans d’autres parties du pays. Je peux vous dire que même s’il existe divers modèles, le résultat est toujours le même. Il n’existe malheureusement pas de solution miracle pour faire face à nos problèmes communs.

Il est bien dommage que les décideurs politiques et les administrateurs aient passé du temps à préparer le transfert sans nous avoir consultés au préalable. Nous sommes, après tout, des experts. Les questions que nous aimerions respectueusement poser sont les suivantes:

  • Ce transfert occasionnera-t-il des gains d’efficacité qui amélioreront les résultats financiers? Les foyers de soins sont des sociétés privées responsables de fournir des soins subventionnés par le gouvernement. Ils profitent du soutien de bénévoles, de dons, de collectes de fonds, et de plusieurs programmes collectifs comme les achats de groupe pour effectuer leurs opérations en respectant des budgets très restreints.
  • Comment le transfert nous assurera-t-il une transition plus rapide des patients ANS? Peu importe la rapidité des évaluations, le nombre de lits disponibles et le personnel pouvant s’occuper de ces lits demeurent les mêmes. Tout le monde doit tout de même attendre qu’un lit se libère. Chaque jour, dans le cadre de la transition de roulement du processus d’admission (qui doit se faire dans les 48h qui suivent la libération d’un lit), environ 100 lits se retrouvent vacants dans les foyers de soins de la province. Toutefois, en raison des défis de recrutement et de maintien, certains lits ont été fermés temporairement dans quatre communautés, et ce, jusqu’à ce que des employés soient disponibles. Nous travaillons actuellement sur ce problème qui est le même que les régies régionales de la santé doivent régler.
  • Tous les foyers de soins du Nouveau-Brunswick sont des sociétés privées et non de tierces parties du gouvernement. Les droits de propriété des foyers de soins ont été officiellement reconnus par le gouvernement du Nouveau-Brunswick. Les foyers de soins ont été mis sur pied par des organisations communautaires, des clubs et des églises, et nous sommes des établissements communautaires protégés par la Constitution. Le gouvernement ne peut pas assumer la gestion et le contrôle d’une société privée. Ceci a-t-il été pris en considération?

De nombreuses questions axées sur le système en général sont ainsi soulevées, plus particulièrement comment un tel transfert permettra de mieux servir les individus ayant besoin de services de soins de longue durée. Des améliorations doivent être apportées aux processus, mais des évaluations plus rapides ne permettront pas de désengorger le système. La plupart des commentaires formulés jusqu’à maintenant ont été axés sur les besoins du système, mais comment pouvons-nous centrer nos efforts communs sur l’individu? Comment les aînés de la communauté pourront-ils avoir accès aux lits des foyers de soins? Si les régies régionales de la santé contrôlent le processus d’admission, est-ce que tous les aînés devront être hospitalisés avant d’accéder à un lit de foyer de soins? Cela ne va-t-il pas à l’encontre de l’objectif en dissuadant les aînés de demeurer chez soi?

La crise des soins de longue durée est un symptôme, et non une cause principale de problèmes à l’échelle du système.

Les foyers de soins sont des établissements communautaires et ils ont le pouvoir d’aider les aînés à vieillir dans leur collectivité et de soutenir les aidants naturels qui sont d’une grande importance. Diverses options de programmation peuvent être mises en place et nous soutenons les efforts déployés.

Comme nous sommes une association qui représente les 68 foyers de soins de longue durée de la province et leurs 4700 résidents, nous pouvons partager nos précieuses expériences et notre vision.

Nous voulons travailler avec le gouvernement, les régies de la santé et tout autre intervenant parce que nous devons faire mieux au niveau collectif. Il n’existe pas de solution miracle pour régler le problème. Nous devons tous travailler ensemble et adopter une approche cohésive.

Continuons de discuter de ce que nous pouvons faire pour améliorer le partenariat entre les foyers de soins et le système de soins actifs pour le bien de tous les Néo-Brunswickois.

Jodi Hall
Directrice générale
Association des foyers de soins du N.-B.