Je suis l’un de ceux qui…

La vision du Père Clément Cormier, c.s.c., de créer une université acadienne (en 1963) depuis la vallée de Memramcook allait devenir une réalité et quelque quinze années plus tard, aux alentours de 1975, son université allait se transformer pour être aujourd’hui présente au sein de la grande société acadienne et néo-brunswickoise, comme une université à multiples missions et axes de recherche, d’enseignement et de services à la collectivité.

Oui, je suis l’un de ceux qui en 1951 étaient accueillis par les religieuses de Jésus-Marie, en leur grand couvent de Shippagan, pour débuter l’école élémentaire.

Je suis l’un de ceux qui ont connu et vécu la pédagogie de ces femmes d’exception et n’eût été de cette institution, je ne serais pas la personne que je suis aujourd’hui. J’en ai la certitude!

De l’amour de la langue, de ma culture acadienne et française, la communauté des religieuses Jésus-Marie, venue de Québec, s’ajoutait aux bâtisseurs et aux bâtisseuses de nos premières cathédrales académique et culturelle qu’allait accueillir Caraquet, les Pères eudistes, Tracadie, les religieuses hospitalières, Bathurst, la première université du Sacré-Cœur.

Les Acadiens et Acadiennes de partout au Nouveau-Brunswick, en passant par Edmundston, les pères eudistes, Campbellton, la communauté des sœurs-Filles-de-Marie-de-l’Assomption Petit-Rocher, le Juvénat des frères du Sacré Cœur, oui, cette Acadie du terroir, héritière d’un long passé, et d’une histoire tragique, allait renaître et offrir aujourd’hui, au monde entier, une terre par laquelle les étudiants internationaux pourront venir pour étudier, et contribuer ainsi à l’humanisation d’un monde qui a tant besoin de nos valeurs de solidarité de coopération et d’humanité.

Oui, je suis l’un de ceux qui a eu ce grand privilège de rencontrer le Père Clément Cormier lors d’une visite éclair qu’il effectuait auprès des religieuses de Jésus-Marie, au moment où je poursuivais ma carrière de professeur au Collège Jésus-Marie en 1973.

Je suis l’un de ceux à qui les religieuses ont confié leurs bureaux, leur espace, pour que je puisse y mettre mon humble pierre à l’Université à trois campus. Le Père Cormier n’avait pu prévoir ce développement et, comme une étincelle venue d’ailleurs, cette jeune université allait s’étendre dans les pôles culturels, économiques et historiques de cette Acadie du Nouveau-Brunswick, et rejaillir dans le monde francophone, ici, comme ailleurs.

Oui, j’en ai la certitude, que n’eut été de la vision de cet homme de Dieu qui rassembla les forces vives de l’époque, en invitant les communautés religieuses et institutions à s’unir pour créer l’Université de Moncton, nous ne serions pas là aujourd’hui, dans nos villes et villages à vivre la culture française, à chanter, à jouer et, comme me le disait un de mes étudiants anglophones à l’Université du Troisième âge de Caraquet et je le cite: «Lorsque j’arrive en la Péninsule acadienne, il y a quelque chose d’exotique, que j’aime et qui me fait vivre.»

Je suis l’un de ceux qui viennent enseigner à Moncton, à Edmundston, à Shippagan, bien certainement, parce que l’Université de Moncton est un phare, qui ouvre sur tous les possibles. Cette institution veut croire que la coopération et la foi en nos forces vives et collectives triomphent en offrant ainsi un modèle aux pays qui recherchent des exemples comme les nôtres.

Je fais confiance au nouveau recteur qui poursuivra sur la trajectoire que s’est donnée l’Université de Moncton, dans son évolution historique au sein de la population francophone du Nouveau-Brunswick.

Valois Robichaud
Shippagan