Le programme Échec au crime est-il un échec?

Le programme Échec au crime nous amène à remettre en cause le système de délation actuel qui est fort ancré dans nos moeurs et qui encourage les mouchards. Comme société, avouons-le, nous avons fait de la délation une vertu, mais quelles en sont les conséquences?

Le système n’est pas sans reproches, on le sait. Il suffit de signaler un crime aux autorités pour déclencher une chasse à l’homme, même quand il ne s’agit que d’une simple présomption. Du coup, l’accusé est soupçonné et pourchassé sans mandat, à partir des dires d’une personne mal intentionnée. Et le pire, c’est que tout cela se fait sous le couvert de l’anonymat, au nom d’un système de justice efficace.

Le suspect ne saura jamais qui est l’auteur de la dénonciation, ni quel est son mobile: la vengeance, la rancune ou une simple tactique de diversion? La police, quant à elle, procède ensuite comme s’il était fautif.

La culture du secret ouvre la porte à une arrestation arbitraire, une pratique jugée inacceptable de nos jours. Au fond, ce n’est pas tant l’identité des délateurs qui importe le plus que l’absence de preuves matérielles et la façon de procéder.

Tout commence quand une connaissance du suspect se fait un devoir de le dénoncer, laissant supposer qu’il est l’auteur d’un acte criminel.

L’intervention qui s’ensuit, parfois maladroite et musclée, se déroule dans un climat de panique. Le suspect peut facilement être démoli, parfois même y laisser sa peau, comme on l’a vu dans le cas de Michel Vienneau.

Dans chaque communauté, il y a des personnes qui se font un malin plaisir de dénoncer des citoyens pour les gains secondaires qu’ils retirent, dans le seul but de faire du tort. Il y a donc, en partant, de la malveillance et parfois, des sentiments de jalousie ou de vengeance. Chose certaine, la délation n’est jamais faite dans le but de venir en aide à quelqu’un.

Du côté de la force policière, elle est satisfaite de pouvoir mettre la main au collet d’un prétendu criminel, mais qu’en est-il quand cela conduit à une mort d’homme? Quant au suspect, il subit évidemment un préjudice injustifiable s’il n’a rien à se reprocher.

En réalité, c’est toute la société qui écope. Le système monte les gens les uns contre les autres, sape la confiance envers la force policière et entraîne un climat de paranoïa.

Bien qu’il soit nécessaire d’imposer l’ordre, encore faut-il que le processus soit juste et équitable envers ceux que l’on soupçonne d’actes criminels. Bref, il faut s’interroger à savoir si les effets bénéfiques de la délation sont supérieurs à ses effets pervers.

Comment peut-on maintenir un système où les interventions, fondées sur des allégations, risquent de commettre de graves dérapages?

Chose certaine, le mécanisme Échec au crime ne donne pas du tout l’impression que la justice est assurée.

Est-ce le genre de système que nous tenons à préserver, étant donné qu’il expose des personnes innocentes à un traitement abusif pouvant aller jusqu’à leur mort?

Claude Snow
Caraquet