Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage

Plus de 700 pages d’un roman historique écrit en deux tomes racontent l’aventure de deux jeunes descendants de familles acadiennes déportées, soit Fabien Landry et Marie Guillot, dont le premier est né en Angleterre pour, par la suite, être rapatrié avec sa famille à Saint-Malo avant d’aller habiter les installations que leur réservait le roi Louis XV dans le Poitou.

Ces deux jeunes n’ont connu l’Acadie que par les récits nostalgiques des parents et des grands-parents qui préféraient se remémorer le passé comme d’un «paradis perdu». Voilà ce que raconte Jean Mohsen Fahmy dans un ouvrage intitulé Les Chemins de la Liberté.

Ce roman a valu à son auteur les honneurs du prix France-Acadie, en 2014. Jean Mohsen, Canadien d’origine égyptienne, détenteur de deux maîtrises (Le Caire et Montréal) et d’un doctorat (McGill) n’en est pas à son premier roman ni à une première reconnaissance du monde littéraire. Certains de ses ouvrages lui ont valu des palmes telles «le Prix Trillium», «le Prix du livre Le Droit» et «le Prix du livre d’Ottawa».

L’auteur, qui était présent au Salon du Livre de Dieppe, disait qu’il lui fallait pas moins de deux ans pour réussir ce genre de roman, soit dix-huit mois de recherche pour assurer la véracité des faits et six mois d’écriture.

Un jour, alors qu’il parcourait une contrée du Poitou, il aperçut une affiche invitant les touristes à visiter la Ligne acadienne où on trouve un musée fort intéressant et le village des Huit-Maisons qu’il s’empressa de visiter. C’est ce qui nourrira son inspiration et qui servira de fondement au roman.

Les friands d’histoire savent que lors de la Déportation, des Acadiens ont été amenés, bien malgré eux, dans divers États de l’est des États-Unis dont la Virginie qui refusa de les accueillir. Des navires se virent alors forcés de poursuivre le malheureux périple jusque dans les ports britanniques où les déportés ont vécu misérablement pour une durée d’au moins sept ans. Une entente entre l’Angleterre et la France fera en sorte qu’on les rapatriera pour les installer à Belle-Île-en-Mer, en Bretagne, ou dans des installations en Poitou dont les Huit-Maisons de la Ligne acadienne.

Certains rapatriés n’étaient pas du tout certains qu’une installation permanente en Poitou était la solution, ayant trop souvent souhaité un éventuel retour en Acadie, ce seul pays que la plupart d’entre eux avaient connu.

Fabien et Marie vivent dans cette région non loin l’un de l’autre. On reconnaît leur belle intelligence. On invite un vieux moine à les scolariser. Les deux deviennent follement amoureux l’un de l’autre. Dans la poursuite du grand objectif, celui de rejoindre un jour l’Acadie, toutes sortes de péripéties les conduiront à Paris, à la Grenade, en Pennsylvanie, chez les Iroquois et à Montréal après de palpitantes aventures, soit un naufrage, une guerre et des enlèvements. Des circonstances les achemineront vers l’Acadie, plus spécifiquement à Caraquet, et on laisse au lecteur le soin de découvrir la suite.

L’ouvrage est bien documenté. L’action se passe entre l’arrivée des Acadiens dans les ports de France jusqu’après la guerre d’indépendance américaine (1775-1783). Le déroulement se fait sans lenteurs inutiles. Les péripéties sont intéressantes, voire même captivantes. L’auteur sait fort bien faire sortir ses personnages de situations qu’on croirait, au premier abord, impossibles.

Il s’agit d’un ouvrage qui se lit bien, un roman fascinant qu’on peine à quitter. On peut dire de Fahmy ce qu’il dit lui-même d’un des personnages à savoir qu’il écrit bien dans une langue claire et fluide.

Les scènes romantiques et amoureuses plaisent. Jean Fahmy a bien saisi la force qui cimente les êtres humains quand les liens qui les unissent sont vrais et solides. On y trouve une belle psychologie des êtres passionnés et des attirances des uns et des autres chez les humains.

L’ouvrage Les Chemins de la Liberté est un incontournable pour quiconque se plaît dans les romans historiques.

Peut-être devrons-nous dire «Heureux qui comme Ulysse a fait une pareille aventure!»? Ce retour aux pays des ancêtres ne manque ni de péripéties ni d’imagination pour deux jeunes qui se seront aventurés jusqu’en Acadie. Mais, décideront-ils d’y demeurer?

Hector J. Cormier
Moncton