Retour sur le décès de la petite Solange Caissie

Nous venons d’apprendre le décès tragique de la petite Solange Caissie qui a perdu la vie alors qu’elle était sous les soins de sa mère.

Arrêtons-nous un instant pour examiner ce drame de plus près.

Tout est secret, aussi bien se le dire en partant, parce qu’on nous le chantera souvent dans les oreilles. Cela dit, permettez-nous d’ouvrir une brèche. Pas facile, n’est-ce pas, en cette époque où la rectitude politique nous amène à sacrifier la vie au nom de la confidentialité.

La vie privée a été placée sur un piédestal. D’accord, cela va bien avec le courant individualiste actuel, mais ne pourrions-nous pas descendre un tout petit peu au nom de la diligence? Cela nous aurait permis de porter secours à la petite Solange. On aurait pu aussi porter secours plus tôt à la famille de Saint-Jean qui croupissait dans les ordures en février 2018.

Dans ces deux cas, les enfants auraient dû être à l’école, assidus, propres, attentifs et enjoués, comme des enfants doivent l’être. Sûrement que les enseignants remarquaient que quelque chose louchait.

Or, la petite Solange était gardée à la maison et recevait, soi-disant, de l’enseignement à domicile. Cela n’aurait-il pas dû déclencher un signal d’alerte? En allant vérifier sur place si l’enseignement se faisait bien, les travailleurs sociaux auraient pu constater l’état de santé de la mère et de sa fille, car celle-ci ne devait pas être heureuse et en sécurité.

Quant aux enfants de Saint-Jean qui ne fréquentaient l’école que la moitié du temps, la direction scolaire a tenté en vain d’alerter les services sociaux, mais rien ne bougeait. Sans doute que le dossier se retrouvait sous la pile, comme cela arrive souvent, ou qu’on se le passait de l’un à l’autre.

Les services publics ne se mêlent plus des affaires privées, semble-t-il, en invoquant que les services sont volontaires. Mais qu’arrive-t-il dans les cas de négligence, là où les enfants sont témoins ou victimes de violence physique et sexuelle, là où les parents n’ont pas intérêt à réclamer des services? La négligence parentale n’est pas une affaire privée, à ce que nous sachions, et l’État doit s’en mêler, que les parents le veuillent ou non, peu importe la règle du secret.

Un enfant qui ne fréquente pas l’école ou qui s’y présente tout perturbé, voilà une situation qui devrait conduire à une enquête. Comment peut-on s’en défiler en invoquant la vie privée?

Le Comité des 12 a été informé qu’on demande à chaque travailleur social scolaire de desservir cinq écoles, une norme qui a été établie conjointement par le ministère du Développement social et le ministère de l’Éducation, mais qui est tout à fait déraisonnable quand on sait qu’un travailleur social par école ne serait pas de trop.

Pour étirer les services au maximum, on a institué dans les écoles les fameuses «équipes stratégiques», des comités fourre-tout chargés d’évaluer les élèves mésadaptés. On demande à l’un ou à l’autre des intervenants d’assurer le suivi, mais comment le faire quand on est peu nombreux et que les déplacements sont limités?

Le système actuel fait en sorte que bien des élèves tombent entre les mailles du filet. Si on surcharge les travailleurs sociaux et qu’on limite leurs déplacements dans les familles pour une question d’économie et de vie privée, peut-on s’étonner ensuite que des enfants soient exposés à des situations déplorables, au point où leur vie est mise en péril?

Claude Snow
Comité des 12